JUSTICE ET DROITS DE L'HOMME à MADAGASCAR

31 octobre 2014

REVUE DE PRESSE - OCTOBRE 2014

La Vérité du 16-10-14

 Le retour surprise de Marc Ravalomanana, dans des conditions qui restent mystérieuses, et son placement en résidence surveillée ont marqué la période. L’ancien chef de l’Etat est rentré de son exil sud-africain le 13 octobre, prenant apparemment de court les autorités qui ont immédiatement ordonné son arrestation. Il a été interpelé sans ménagement par les forces spéciales, après avoir tout juste eu le temps d'improviser un bref meeting et un point presse au balcon de sa résidence et tenu des propos menaçants. Dans un communiqué, le chef de gouvernement a tenu à rassurer sa famille, qui a accusé les autorités de l’avoir kidnappé. Il « est en bonne santé et un médecin l'accompagne », a-t-il déclaré. Les conditions de son retour restent floues et il est difficile de savoir pourquoi il est rentré à cette date. Est-ce parce qu’il y a eu un accord avec les autorités pour le laisser rentrer ? C’est tout d’abord la supposition qui a été formulée, des discussions ayant eu lieu depuis plusieurs mois à ce sujet sous l’égide de la SADC, soucieuse de voir appliquer la feuille de route de sortie de crise dans son intégralité. Mais Hery Rajaonarimampianina a aussitôt démenti l’existence d’un accord et condamné l’initiative. La communauté internationale lui a emboîté le pas et a critiqué un retour effectué « sans concertation ».

La Nation 15 10Marc Ravalomanana lui-même n’a pas voulu donner de détails sur son retour, se limitant à déclarer qu’il était revenu seul mais selon certaines sources il serait rentré à Madagascar sur un vol privé qui aurait atterri à Antsirabe. Son ancien garde du corps, Jean-Marc Koumba, a été interpelé et placé en garde à vue prolongée, ainsi que quatre employés de l’Aviation civile de Madagascar (ACM). L’évènement intervient à un moment où le chef de l’Etat rencontre de sérieuses difficultés. On peut donc imaginer que Marc Ravalomanana ait choisi ce moment pour jouer les hommes providentiels, estime RFI. Son intérêt, c’est de retrouver une place sur l’échiquier politique et de reprendre les rênes de son groupe Tiko, à l’abandon depuis 2009. Officiellement, il a été placé en résidence surveillée à Antsiranana pour la protection de sa sécurité et de la sécurité publique. Une mesure d’ordre administratif. La présidence a expliqué que Marc Ravalomanana a de nombreux ennemis qui en veulent à sa vie, et que sa présence à Antananarivo risquerait de troubler l’ordre public. L’ex-président, en effet, dès son arrivée a critiqué sévèrement le pouvoir. Il a mis en doute sa légitimité et affirmé qu’il n’attendrait pas la présidentielle de 2018 pour agir. Les partisans de Marc Ravalomanana démentent qu’il soit rentré pour précipiter la chute du régime et ils dénoncent une arrestation arbitraire. La relégation se prolonge, sans que l’on sache quel est véritablement le statut qui est appliqué à l’ancien président. Marc Ravalomanana a été condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité mais ce n’est pas aujourd’hui la raison de son placement en résidence surveillée. Ca n’est pas non plus son retour illégal. La famille n’a pu lui rendre visite que deux fois, il est privé de l’assistance d’un avocat et ne peut communiquer avec l’extérieur. Il a pu néanmoins se rendre quelques heures sous bonne escorte aux obsèques de sa sœur, dans la banlieue de la capitale. Le GTT International fait appel à la communauté internationale pour que lui soit accordé un droit de visite et l’assistance d’un avocat. L’ONG sénégalaise de défense des droits de l’homme, la Radddho, « condamne fermement la violation des droits fondamentaux de l’ancien président ».

Une enquête officielle aurait été ouverte contre Marc Ravalomanana, selon Me Désiré Randrianarivelo, avocat de l’ancien président. Il affirme ne pas avoir été mis au courant des charges qui pèsent contre lui mais la notification pourrait entrer dans le cadre d’une plainte déposée par l’ACM. Le placement en résidence surveillée pourrait donc désormais prendre un tour judiciaire. L’avocat n’a toujours pas pu rencontrer son client. Jean-Marc Koumba, serait inculpé d’atteinte à la sureté de l’Etat. La même charge pourrait être retenue pour l’ancien chef de l’Etat. Les familles des employés de l’ACM et l’épouse de l’ancien garde du corps protestent contre l’acharnement qu’ils subiraient de la part des enquêteurs. Leur lieu de détention n’a pas été révélé et ils ne bénéficient d’une assistance juridique. Une pétition a été lancée sous Avaaz en faveur de la libération de Jean-Marc Koumba, elle est destinée à Amnesty International.

La première conséquence de ce retour inopiné a été de provoquer de fortes turbulences entre le pouvoir et la mouvance Ravalomanana, qui était l’une des composantes de la plateforme présidentielle PMP. Les dissensions au sein de la mouvance ont été exacerbées. La situation politique n’en est donc qu’un peu plus instable. Les conséquences ultérieures de ce retour non négocié dépendront de ce que le régime va faire de l’ancien président. Combien de temps va-t-il le maintenir en résidence surveillée ? Va-t-il l’autoriser à reprendre une carrière politique ? Va-t-il sceller un accord avec lui et le faire participer au processus de réconciliation nationale ? Après avoir déclaré rallier l’opposition parlementaire, les députés du TIM ont fait volte-face et accepté de réintégrer la majorité présidentielle pour faciliter les négociations que le ministre Roland Ravatomanga mènerait avec le pouvoir pour obtenir le retour à son domicile de Marc Ravalomanana. Le parti entendrait désormais jouer la carte de l’apaisement et de la réconciliation nationale.

« Une République bancale », titre un nouveau communiqué du SeFaFi. L’Observatoire constaterait un manque de volonté politique de la part des dirigeants pour la mise en place effective de la IVème République. Votée en 2010, la Constitution a dû attendre la proclamation des résultats des élections de 2013 et l’investiture des premiers élus en 2014 pour commencer à entrer en vigueur. Des trois composantes principales de l’Etat, seul l’exécutif est pleinement en place. La relance économique est en panne, la lenteur d’action des nouveaux élus laisse incrédule. Le manque de vision présidentielle est devenu flagrant. Il apparaît que le gouvernement ne gouverne pas, que la Transition semble se prolonger et que les mauvaises pratiques qui se sont instaurées durant cette période continuent à polluer le climat politique et les espoirs de développement économique, note le SeFaFi.

Les formations politiques qui se réclament de l’opposition sont réticentes à franchir le pas au niveau de l’assemblée nationale pour pouvoir bénéficier du statut que lui réserve la Construction. Seule une opposition extra-parlementaire tente de se structurer. Or pour avoir une légitimité et réellement peser dans la conduite des affaires de l’Etat, l’opposition doit être parlementaire, déclare en substance la HCC.

La Vérité une bonne présidence de façade 10 10La plateforme pour la majorité présidentielle (PMP) se trouve dans une situation délicate. Censée réunir les députés qui soutiennent Hery Rajaonarimampianina, la cohésion de ses membres est plus que jamais remise en question. La mouvance Ravalomanana, première formation politique, membre de la PMP avec 20 députés, après avoir longuement hésité à poursuivre son soutien, a décidé de reprendre sa liberté, après les péripéties du retour impromptu de Marc Ravalomanana et son placement en résidence surveillée mais il s’est par la suite ravisé. Le seul ministre de la mouvance, Roland Ravatomanga a décidé de rester dans le gouvernement, provoquant le désarroi des supporters de l’ancien président. Plusieurs membres influents du groupe parlementaire HVM, l’une des composantes de la PMP, ont fait défection, parmi lesquels le député Laisoa Jean-Pierre, surnommé le « roi du bois de rose ».

Afin de tenter de refonder le pouvoir sur des bases plus solides et permettre au chef de l’Etat de prendre un nouveau départ après un début de mandat jugé calamiteux, ses proches ont tenté de réunir une « Convention », le 14 octobre. Il était prévu d’y convier les partis politiques proches du pouvoir, les candidats malheureux à la présidentielle et autres « orphelins » de la Transition, les syndicats, les ordres des professions libérales, les chancelleries étrangères et des représentants du secteur privé. Cette « Convention du 14 octobre » devait déboucher sur la création d’une « Plateforme pour la stabilité » et aurait pu conduire à la constitution d’une nouvelle équipe gouvernementale ouverte à des ralliés. Les polémiques provoquées par cette initiative ont eu raison du projet, qui a été annulé au dernier moment. A la place est née une entité pour « la protection du choix du peuple et de la légalité », sous l’égide de la garde rapprochée du président.

Roger Kolo arrive au terme du délai de 6 mois qui lui a été accordé pour faire ses preuves. Il va devoir s’atteler à l’évaluation de son équipe, le chef de l’Etat lui ayant délégué cette tâche. Le bilan qui devrait être publié officiellement à la fin du mois pourrait ouvrir la voie à un changement de gouvernement, voire au remplacement de son chef. De l’avis général, l’équipe n’a pas été à la hauteur des espoirs qui avaient été mis en elle mais les proches du pouvoir lui accordent des circonstances atténuantes. En cause notamment l’attentisme supposé de la communauté internationale, soucieuse d’obtenir des garanties avant de reprendre sa coopération.

La Vérité 23 10L’ouverture de la session parlementaire a été marquée, pour la 4ème fois depuis l’installation de la nouvelle assemblée, par la menace d’une motion de censure. Une partie des députés favorables au projet s’étant rétractée, la motion de censure a été repoussée mais la situation reste délicate pour le gouvernement, qui ne sait plus précisément sur quelles forces politique compter. Des observateurs ont rappelé aux députés frondeurs que le président de la République disposait d’une arme absolue, la dissolution. La session devait être consacrée à l’examen du projet de budget mais le gouvernement n’a pas rendu sa copie dans les temps. Le statut particulier de quelques villes, dont la capitale, dans le cadre de la loi sur la décentralisation, devait être l’un des sujets majeurs de cette session mais là encore, le projet de loi n’est pas prêt. La presse continue de se montrer très sévère vis-à-vis des parlementaires, avant tout préoccupés par leurs « avantages » et prompts à se laisser soudoyer. Elle se déclare scandalisée par les marchandages qui ont conduit à la « contre-motion de censure ». L’heure est aux déballages, des poids lourds financiers de l’assemblée s’accusent de corruption et de trahison. La Bianco va diligenter une enquête. Le discrédit frappe les parlementaires et certains d’entre eux « en rajoutent », tel l’élu d’Antsohihy, Jao Jean, tristement célèbre pour des affaires de mœurs qui l’avaient mis en cause durant la Transition, qui a déposé une proposition de loi qui octroie aux élus le statut de diplomate aux contrôles aéroportuaires, les exonérant du contrôle de leurs bagages. La mesure bénéficierait à leur famille et assistants parlementaires. Au même moment, le PNUD dispense une formation sur la bonne gouvernance à une trentaine de députés. Constat des formateurs : les députés ignorent leur véritable rôle.

Le conseil du gouvernement a adopté le projet de loi pour la ratification de la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées. Ce projet résulte d’une recommandation formulée en 2010 dans le cadre de l’Examen périodique universel (EPU). Le nouvel EPU de Madagascar débute le 3 novembre à Genève.

Après avoir été suspendue pendant plusieurs années en raison de nombreuses malversations, les adoptions d’enfants vont pouvoir reprendre. Un Comité de révision doit actualiser la loi de 2005 et faire adopter le texte par l’assemblée. Les procédures devraient être allégées pour les adoptions dans le cadre familial. L’Autorité centrale de l’adoption, une entité indépendante, aura en charge la gestion du dispositif.

Les Etats-Unis appuient l’OIM dans la lutte contre la traite des êtres humains à Madagascar. Selon un rapport sur la traite publié par le Département d’État, la Grande Ile continue d’être un pays d’origine pour la traite des femmes et des enfants soumis au travail forcé et à l’exploitation sexuelle. Une aide financière destinée à l’OIM a été octroyée par l’ambassade. La lutte contre un trafic de femmes malgaches vers la Chine se poursuit. Des policiers chinois se sont rendus dans la Grande Ile pour enquêter, suite à une plainte déposée en Chine par l'une des victimes. Les investigations se concentrent sur les personnes qui sont à la tête de ce trafic et qui résideraient à Madagascar, notamment sur deux femmes malgaches qui seraient à la tête d’un réseau. Une dizaine de victimes seraient parvenues à regagner le pays.

La ministre de la population envisage d’autoriser la reprise des expatriations. Les travailleurs sociaux s’insurgent. La déclaration a été faite à l’occasion du « dialogue international sur les migrations » organisé à Genève par l’OIM. Dans un communiqué la ministre déclare qu’elle est déterminée à prendre des mesures fortes pour la protection des Malgaches désireux d’occuper un emploi à l’extérieur. Le syndicat SPDTS estime totalement inopportun d’envisager la reprise des migrations, surtout vers des pays qui n’ont pas ratifié la Convention internationale sur la traite des personnes. Il déplore que les pouvoirs publics se désintéressent des personnes qui continuent d’appeler à l’aide depuis les pays du Golfe et le Koweït. Pour L’Express, ces travailleuses, dont les papiers ont été confisqués, ont été emprisonnées, violées, hospitalisées, sont livrés à elles-mêmes. La question de la traite sera probablement au centre de l’Examen Périodique Universelle (EPU) qui doit être consacré à Madagascar à partir du 3 novembre. La DG adjointe de l’OIM est venue s’enquérir de la situation. La ministre de la population a annoncé à cette occasion l’adoption prochaine d’une loi pour lutter contre la traite des êtres humains. L’Organisation va ouvrir une représentation à Madagascar.

Madagascar ne figure pas dans la liste des pays éligibles au Fonds de solidarité des Nations unies pour la paix qui permet d’aider financièrement les pays qui s’engagent dans un processus de réconciliation nationale. Son inscription permettrait d’envisager l’indemnisation des victimes des événements de 2002 et 2009 mais les chances d’aboutir sont réduites, estiment les spécialistes, la Grande Ile n’ayant pas connu de situation de guerre civile.

la nation 22 10Le Comité de réconciliation nationale (CRN) dirigé par Zafy Albert fait pression sur le pouvoir pour qu’il mette en place le Conseil du Fampihavanana malagasy - ou Comité National de Réconciliation (CNR) - prévu par la Constitution. L’institution actuelle, dirigée par le général Rabotoarison, le CRM, est une structure mise en place par la Transition, qui aurait dû être abrogée. Le président de la République a officiellement annoncé à plusieurs reprises la création de cet organe mais les décisions tardent à venir. Le retour inopiné de Marc Ravalomanana pourrait obliger le pouvoir à accélérer le processus. Une initiative très attendue par les bailleurs de fonds. Le CRN a annoncé son intention de soumettre au président de la République un projet d’ordonnance. L’Express croit savoir que le projet accorderait aux 66 membres du CRN un statut protecteur exagérément enviable. Les Etats-Unis font pression pour que le processus de réconciliation nationale soit enclenché, ils estiment que le moment est propice, après les déclarations apaisantes de l’ancienne première dame qui a renoncé aux propos vengeurs qui avaient été les siens après sa visite à son mari, en résidence surveillée à Antsiranana. Hery Rajaonarimampianina pourrait vouloir s’appuyer sur les chefs d’Eglise et des notables traditionnels mais le FFKM redouterait de se voir instrumentalisé par le pouvoir. Les américains semblent privilégier un dialogue direct, auquel devrait être associés les anciens présidents et l’actuel chef de l’Etat mais Andry Rajoelina et ses partisans ont fait savoir qu’ils ne participeront pas au processus. Le SeFaFi, dans son dernier communiqué, s’interroge sur le sens donné au mot « réconciliation », un mot brandi par tous mais, comme c’est souvent le cas à Madagascar, compris différemment par chacun. Entamer la réconciliation veut dire débattre des sujets de fond, qui bloquent ou handicapent le développement d’une société harmonieuse, aborder les sujets qui fâchent ou qui inquiètent, écrit-il. Les politiciens doivent prouver qu'ils sont soucieux de réconcilier le pays et non pas de manipuler les masses à des fins personnelles.

L’avocat Sud-africain des victimes de la tuerie du 7 février 2009 s’est rendu à Madagascar pour faire le point sur l’indemnisation des victimes et de leurs familles. La saisie conservatoire et la mise en vente des avoirs du fondateur du groupe Tiko sont réclamées. La plainte pour crime contre l’humanité déposée en 2012 en Afrique du Sud par les victimes a donné lieu à des échanges entre les deux gouvernements. L’absence d’accord de coopération judiciaire entre eux ne ferait pas obstacle à une collaboration. La venue d’enquêteurs Sud-africains à Madagascar serait nécessaire, pour collecter de nouveaux éléments de preuve. La venue de cette mission, annoncée depuis janvier 2013, serait suspendue à un accord du gouvernement malgache.

Journée mondiale pour l’abolition de la peine de mort : Madagascar reste « abolitionniste de fait ». 65 condamnés à mort sont encore comptabilisés dans les prisons du pays. La ministre la justice, souligne qu’aucun condamné n’a été exécuté depuis l’Indépendance, les peines de mort ayant été commuées en travaux forcés à perpétuité. Une proposition de loi portant abolition de la peine de mort devrait être examinée prochainement par l’assemblée nationale. Mais alors que l’assemblée serait sur le point d’adopter ce texte, les exécutions extrajudiciaires et les actes de vindicte populaire se développent et mettent les parlementaires dans l’embarras face à une société civile qui explique cette situation préoccupante par les dysfonctionnements de la chaîne pénale et de la chaîne anticorruption. Le quotidien La Gazette s’oppose au projet d’abolition de la peine de mort et préconise un référendum.

« Madagascar cancre du continent africain », en matière de gouvernance, selon L’Express. La Grande Ile est le pays qui connait la plus mauvaise évolution depuis 2004, selon l’indice Mo Ibrahim. La crise politique de ces dernières années n’expliquerait pas tout. « Tous les faits démontrent ce mauvais résultat », analyse un économiste, citant notamment l’insécurité grandissante et la corruption qui gangrène le pays. L’Indice de développement humain (IDH), l’une des composantes de l’indice synthétique, est particulièrement mauvais. La gendarmerie et la justice arrivent en tête des institutions les plus corrompues selon les statistiques du Cajac (Centre d’action juridique et d’action citoyenne).

Opération « coup d’arrêt II » : 2 282 dahalo se sont rendus, 500 armes ont été identifiées par la gendarmerie. Après un mois et 20 jours, le bilan d’étape est jugé satisfaisant. Les dahalo repentis se sont engagés à ne pas récidiver. Ils ont rejoint leurs villages après avoir été identifiés et fichés. De nombreux autres, repliés dans la forêt auraient l’intention de se rendre mais redouteraient les représailles des forces de l’ordre. Un ultimatum leur a été donné. Une seconde vague de redditions a été annoncée peu après, portant l’effectif total des repentis à près de 7 000 hommes. Midi se félicite que les forces de l’ordre aient pu obtenir ces redditions et évité ainsi d’importantes pertes en vies humaines, « à la grande satisfaction sans doute des organismes œuvrant dans le domaine des droits de l’homme », écrit le quotidien. Exposés devant les caméras, certains montrent des traces de balles et des cicatrices, note Tribune. L’impunité qui leur a été promise bafoue les droits des populations, qui n’oseront pas demander justice, écrit le site. La question se pose également de leur retour dans la société : dépourvus de ressources, ne risquent-ils pas de retomber dans la délinquance ? L’exécutif travaillerait à un plan d’urgence pour leur réintégration sociale et professionnelle et pour la fourniture d’une aide durable aux populations locales affectées par des années de violence et de terreur, en liaison avec les partenaires financiers. Le Daily évoque la possibilité de faire appel à la coopération militaire française. Le gouvernement a décidé de réactiver les très controversées « Dina » sur l’ensemble du territoire. Pour une partie de la presse, « le pouvoir s’abaisse à des solutions à grands spectacles avec ces dahalo en principe repentis, mais en réalité sauvés par le gong ». Les cérémonies dites « reddition générale » des dahalo avec des groupes de paysans accroupis ou à genoux devant les autorités rappellent de biens douloureux souvenirs remontant à la période coloniale.

Les Etats-Unis invitent « le gouvernement à revoir le cas des stations [audiovisuelles] fermées ou celles à qui on a refusé le permis d’exploitation et d’y remédier aussitôt que possible, afin de montrer l’engagement envers la liberté de la presse et de tourner la page aux abus des droits de l’homme perpétrés par le gouvernement de transition ».

800 agents au chômage technique dans les guichets fonciers. Sans Schéma d’aménagement communal (SAC) et sans Plan local d’occupation foncière (PLOF), les guichets fonciers ne peuvent plus délivrer de certificats. La décision ministérielle a été perçue comme une volonté de l’Etat de revenir sur la décentralisation de la gestion foncière. C’était pourtant l’une des plus importantes avancées des réformes foncières enclenchées depuis 2006. Les guichets fonciers communaux allègent les activités des services domaniaux tout en donnant aux paysans l’assurance d’exploiter les terres de leurs ancêtres non encore immatriculées mais valorisées depuis des générations. 500 000 demandes de titres fonciers sont en instance de traitement dans les services des domaines.

Le ministère de l’industrie, du développement du secteur privé et des PME va apporter son appui à la promotion de la filière éthanol à partir de la canne à sucre. Cette initiative devrait permettre des créations massives d’emplois et concourir à la préservation de l’environnement, affirment les autorités. « C’est un projet écologique visant à réduire la déforestation, à travers la réduction de l’utilisation du charbon de bois comme combustible », estime le ministre de l’industrie. L’intérêt de cet agro-carburant, présenté comme un carburant écologique est en fait très controversé par les spécialistes mais leur discours est encore peu audible dans la Grande Ile.

Menaces sur la biodiversité. La compagnie britannique Sterling prévoit une nouvelle campagne d'acquisition sismique offshore sur le littoral Nord-Ouest. L'impact environnemental pourrait être considérable pour les espèces de cétacés et autres mammifères marins, s’alarme un collectif qui se mobilise pour la préservation de l’environnement face aux intérêts de l’industrie pétrolière. Une campagne précédente conduite à proximité de Sainte Marie avait surpris les observateurs pas les dégâts occasionnés aux populations de cétacés.

Les trafics de bois de rose auraient causé 750 millions de dollars de pertes pour le pays sur les 4 dernières années. Une récente émission de RFI évoque ce chiffre et décrit la situation dans les zones protégées du Nord-Est. Comme la société civile l’a toujours dénoncé, les trafiquants sont connus de tous. Parmi lesquels on compterait des représentants de l’Etat qui font étalage de leur richesse dans les principales villes de la région. Le député d’Antalaha, Laisoa Jean-Pierre, qui a contribué à la victoire de Hery Rajaonarimampianina lors de la présidentielle, est fréquemment suspecté d’être compromis dans ces trafics. La question de la vente des stocks confisqués n’est toujours pas réglée. La Suisse propose au gouvernement de lui apporter son appui pour présenter son dossier devant la CITES.

Ministère de l’environnement : 9 millions de tonnes de carbone à vendre. Un appel d’offre international est lancé. 450 000 tonnes ont été déjà achetées par la Banque mondiale. 50% des recettes issues de cette vente seront allouées aux communautés de base, le reste sera remis à l’Etat. Le ministre de tutelle explique que cela permettra de lutter contre la déforestation.

Le ministre de l’énergie a fait les frais de la crise qui agite la Jirama. Il a été limogé. Les délestages n’ont fait qu’empirer depuis l’accession au pouvoir de Hery Rajaonarimampianina et, fait nouveau, ont particulièrement touché la capitale. Le limogeage pourrait affaiblir encore le pouvoir présidentiel car Fienena Richard était le seul ministre du parti VPM-MMM, l’entité de l’ancien vice-premier ministre Hajo Andrianainarivelo, à siéger dans le gouvernement Kolo. Certains membres du parti s’insurgent et expliquent que le ministre n’est qu’un fusible car c’est le régime tout entier qui est défaillant. Le parti dispose de 15 députés élus qui constituent la troisième force au niveau de l’assemblée nationale, après le Mapar et le Tim. Par ailleurs, les partisans d’Andry Rajoelina ont été écartés du conseil d’administration de la société pour faire place aux proches conseillers du président de la République, comme cela avait déjà été le cas pour Air Madagascar. Patrick Leloup, ex-conseiller spécial d’Andry Rajoelina, a, en revanche, été maintenu à la présidence de Kraomita Malagasy (Kraoma), où il régnerait en maître. Un maintien qui s’expliquerait par sa prise de distance vis à vis de son ancien mentor. La Gazette souligne que sur les 158 sociétés à participation de l’Etat qui ont été créées depuis l’indépendance, seules 53 ont survécu et le sort de la plupart des rescapées, parmi lesquelles la Jirama et Air Madagascar, demeure très incertain.

Madagascar figure parmi les pays d’Afrique subsaharienne classés « fragiles », selon le rapport semestriel du FMI. Le pays a basculé dans cette catégorie entre 2011 et 2013, en raison de l’instabilité politique, de la recrudescence de l’insécurité et du développement d’activités illicites en tous genres. La Grande Ile fait également partie des 14 pays d’Afrique subsaharienne qui ont un revenu national brut par habitant inférieur à 992 dollars. Celui de Madagascar est de 430 dollars, plaçant le pays au 6ème rang mondial.

La reprise économique se fait attendre. Dans son dernier rapport sur l'évolution économique récente, la Banque mondiale indique qu'au bout des huit premiers mois de l'année Madagascar est en attente d'une reprise économique effective. « Bien que de nombreux investisseurs explorent leurs options, la plupart préfèrent attendre pour s’assurer de la stabilité politique et de la direction politique du pays », lit-on dans ce rapport. Pour La Nation, « Comme en 2013, et les années d’avant, cette année sera une année perdue de plus pour l’économie Malagasy ».

 

 SOMMAIRE

POLITIQUE

  • Conjoncture politique, opposition, session parlementaire
  • Le projet avorté de « Convention du 14 octobre »
  • Le retour de Marc Ravalomanana et son placement en résidence surveillée
  • Elections communales
  • Diplomatie

DROITS HUMAINS - GOUVERNANCE

  • Santé, handicap
  • Calamités naturelles
  • Education, droits des enfants, traite
  • Réconciliation nationale, justice, affaire « 7 février », peine de mort
  • Gouvernance
  • Lutte contre l’insécurité, opération « coup d'arrêt »
  • Médias

ÉCONOMIE - SOCIAL

  • Questions foncières, agro-carburants
  • Ressources minières et pétrolières
  • Trafic de bois de rose et de ressources naturelles, déforestation
  • Bailleurs de fonds, coopération économique
  • Air Madagascar et la Jirama : deux société d’Etat dans la tourmente
  • Climat social : agitation universitaire, enseignants Fram
  • Divers

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23 octobre 2014

ARTICLES REMARQUES - OCTOBRE 2014

- 23 10 14 - SeFaFi - Communiqué - Réconciliation et pouvoir
"Réconciliation" : quelle est l’exacte définition de ce mot, brandi par tous mais, comme c’est souvent le cas à Madagascar, compris différemment par chacun ?
Le corollaire, qui est la question de savoir qui réconcilier avec qui, a déjà été maintes fois abordé, y compris par le SeFaFi : les anciens présidents entre eux ? Les politiciens entre eux ? Les politiciens avec le peuple ? Le peuple avec lui-même ? Dans ce contexte, la réconciliation ne consiste-t-elle pas à résoudre les  problèmes liés à la conquête (et, inversement, à la perte) du pouvoir ? Si c’est le cas, la réconciliation doit se faire à tous les niveaux de la classe politique et des militants des divers partis ou mouvances. Le citoyen sans engagement militant, par contre, n’est pas concerné à ce niveau, ce qui ne l’empêche pas d’avoir son avis sur la question. Par contre, il est interpellé par les véritables enjeux de la réconciliation. Entamer la réconciliation veut dire débattre des sujets de fond, qui bloquent ou handicapent le développement d’une société harmonieuse, aborder les sujets qui fâchent ou qui inquiètent. Les politiciens doivent prouver qu'ils sont soucieux de réconcilier le pays et non pas de manipuler les masses à des fins personnelles.

- 20 10 14 - Tribune - Edito - Ndimby A. - Le "retour de Ravalomanana", premier au box office
Le premier épisode du film « Le retour de Ravalomanana » est pour le moment un demi-succès. Du sommet de l’État à la population de base, que l’on soit pour ou contre lui, il est redevenu pendant quelques jours un sujet d’attention. Situation qui diffère de quand il était encore de l’autre côté du Canal de Mozambique, avec ses sempiternelles promesses de retour imminent faites au téléphone pour animer la flamme des militants du Magro pendant cinq ans. En revenant sur le territoire national, il revient également dans le débat, et force par la même occasion les uns et les autres à se positionner. Pour ou contre son retour ? Pour ou contre son arrestation ? Pour ou contre sa mise en résidence surveillée à Antsiranana ?

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16 10 14 - RFI - Décryptage - Retour de Ravalomanana : nouvelle crise politique à Madagascar ? Interview de Jean Fremigacci, historien spécialiste de Madagascar. Maître de conférences honoraire à l’Université d’Antananarivo et à Paris-Sorbonne. Il est l’auteur du livre "Etat, économie et société coloniale à Madagascar" (Fin XIXème siècle – 1940) aux éditions Karthala. 8' (après prélude musical)
http://telechargement.rfi.fr/rfi/francais/audio/magazines/r177/decryptage_20141015_1710.mp3

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15 10 14 - L'Express - Edito - Sylvain Ranjalahy - Détenu de Marc
Selon les denières nouvelles parvenues au cours de la journée du 14 octobre, Marc Ravalomanana aurait été placé en résidence surveillé dans un bâtiment du quartier militaire d’Antsiranana
, à l'extrême Nord du pays, après avoir été transporté par hélicoptère via Mahajanga et Antsohihy (région Sofia). "Si ce n’est un emprisonne­ment, c’est pire. Quel est donc le statut de l’ancien Président actuellement ?  Un prisonnier de luxe, un aliéné politique ou un otage ?
Quel sera son avenir ? Pendant combien de temps sera-t-il soumis à ce régime de résidence surveillée dont il est la troisième personnalité à la subir après André Resampa assigné à Sainte-Marie en 1972 et Monja Jaona isolé par Ratsiraka à Kelivondrake en 1977, séparé de ses proches ? Autant de questions qui nécessitent des réponses claires et précises pour que la situation ne s’envenime pas".

- 09 10 14 - Le Monde - Fonds marins hautement stratégiques
Avec une ZEE de près de 11 millions de km2, la France dispose du plus grand territoire marin du monde, après les Etats-Unis. En application de la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer, elle espère pouvoir l'étendre de plus d'un million de km2, en reportant ses limites de  200 à 350 milles. Les îles Eparses, situées au large de Madagascar, restées sous administration française au moment de l'indépendance, en 1960, contribuent à doter la France de cet espace exceptionnel. Ces espaces maritimes restent largement méconnu. 69% de la ZEE des îles Eparses n'a pas encore été cartographiée.

<> doc 09 10 14 - Biblio - Une nouvelle monographie de la Grande Ile réalisée par le Centre de recherches, d’études et d’appui à l’analyse économique à Madagascar (CREAM). La dernière monographie de Madagascar datait de 1999. Elle se présente sous forme de deux supports, le site (avec une consultation région par région) et un livret pour chacune des 22 régions. Elle donne une vision générale d’une localité à travers différentes caractéristiques, notamment les conditions et potentialités physiques, économiques et l’aspect social. « Cette mise à jour de la monographie de Madagascar est un outil d’administration, de gestion économique et sociale indispensable pour l’élaboration de stratégie de développement et de marketing auprès des partenaires de développement » indique Bodo Ralantoarilolon, directeur général du CREAM. le recueil et l'exploitation des données ont demandé 3 ans de travail.
 Le site : http://www.monographiemada.com

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  07 10 14 - SeFaFi - Communiqué du 4 octobre 2014 - Une République bancale
A la veille du 14 octobre, jour de commémoration de la Ière République et à deux mois du 11 décembre, jour de commémoration de l’entrée en vigueur de la Constitution de la IVème République, le SeFaFi constate un manque de volonté politique évident de la part des dirigeants, pour la mise en place effective de cette IVe République. Votée en 2010, la Constitution a dû attendre la proclamation des résultats des élections de 2013 et l’investiture des premiers élus en 2014 pour commencer à entrer en vigueur. Malgré ses imperfections, elle contient des éléments auxquels tiennent l’opposition et la société civile : une meilleure répartition des pouvoirs entre les différentes composantes de la République, une moindre suprématie de l’exécutif et du président qui en est le chef, et le renforcement de la place et du rôle de l’opposition. L’Observatoire constate que des trois composantes principales de l’Etat, seul l’exécutif est pleinement en place. La relance économique du pays est en panne, la lenteur d’actions des nouveaux élus laisse incrédule.
Le manque de vision présidentielle est maintenant devenu flagrant. Il apparaît aujourd’hui que le gouvernement ne gouverne pas, que la Transition semble se prolonger et que les mauvaises pratiques qui se sont instaurées durant cette période continuent à polluer le climat politique et les espoirs de développement économique.

- 06 10 14 - Tribune - Edito - Soamiely Andriamananjara - Impasse mexicaine, façon malgache
Une situation d’impasse politique explique-t-elle l’actuelle inertie dans l’élaboration des politiques à Madagascar ? Une théorie développée par l'auteur. Comme dans le film « Le Bon, la Brute et le Truand », les principaux protagonistes de la vie politique malgache se retrouvent coincés dans une situation de destruction mutuelle assurée.C’est ce qu’on appelle parfois une « impasse mexicaine ». elle frappe la politique malgache et pourrait expliquer la paralysie du nouveau pouvoir : après presque neuf mois en fonction, le président Rajaonarimampianina n’a pas présenté une seule réalisation concrète significative.

- 06 10 14 - RFI - Grand reportage - Marie Audran - Le trafic de bois de rose à Madagascar.
La Grande île est un « hot spot » mondial de la biodiversité. 80% des espèces y sont endémiques. Mais, cette richesse naturelle est menacée, notamment par les trafics de bois de rose. Ce bois précieux, lourd et dur est très prisé en Chine pour la fabrication de meubles traditionnels de luxe qui se vendent des centaines de milliers d’euros. Seulement à Madagascar, la coupe, le transport, et l’exportation de ce bois sont interdits par la loi depuis 2010. Il existe même un embargo international sur le bois de rose malgache depuis que la ruée incontrôlée a causé d’importants dégâts dans les forêts. Mais, malgré ces interdictions, le trafic continue. Dans le nord-est de Madagascar, c’est toute une économie mafieuse qui s’est imposée. Reportage dans la région d’Antalaha. Ecouter le reportage : http://www.rfi.fr/emission/20141006-madagascar-trafic-bois-rose-antalaha/

04 10 14 - Clicanoo Réunion - Valérie Trierweiler : Merci les Malgaches
Dix pages dans l’hebdomadaire Paris-Match. Madagascar l’oubliée n’avait jamais sans doute été autant si bien servie. Tout cela grâce à sa journaliste Valérie Trierweiler, ex-compagne du président François Hollande, qui a « trouvé le sens de son engagement dans l’humanitaire ». Après avoir fréquenté durant des années, professionnellement puis intimement, les lieux de pouvoir et les palais de la République, elle découvre à 50 ans le reportage de terrain chez les plus pauvres. C’est respectable. Et elle a l’honnêteté de le reconnaître. À l'inverse, on peut se demander si, au fil de ces pages, le vrai sujet n’est pas plutôt les aventures de Valérie Trierweiler à Madagascar. On reste interdit devant une succession de clichés venant surtout bâtir l’histoire de la nouvelle Valérie Trierweiler capable de s’affranchir de son passé récent. Les photos de son reportage qui mettent en scène l’extrême misère de la Grande Ile sont magnifiques. L’ancienne compagne de François Hollande y a forcément rencontré le père Pedro, un homme au « charisme prodigieux ». Tout l'article est écrit dans un style dégoulinant et parfois déroutant, écrit le site Clicanoo. La seconde partie de l'article traite de la situation des femmes à Madagascar. la journaliste s'est rendue à Ivohibe, à 700 kilomètres de la capitale, pour enquêter sur « marché aux filles », qui succède, chaque samedi, au marché aux zébus.
Lire l'article de Paris-Match : Paris Match - Valérie Trierweiler - Le bon samaritain des bidonvilles

- 02 10 14 - Biblio : Revue Les Etudes -2014/10 - Sylvain Urfer - Où va Madagascar ? Les incertitudes d’une société en mutation
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La situation politique malgache semble stabilisée. Mais rien n’est réglé pour autant. Il importe de connaître l’histoire de l’île, ses divisions ethniques et ses mutations culturelles. Une reprise des valeurs traditionnelles peut aider la transition actuelle. Les Églises ont leur rôle à jouer, à condition qu’elles évitent de s’impliquer, comme elles l’ont fait autrefois, dans les querelles politiques. Plan de l'article : l’illusion du politique, les non-dits de l’histoire, une société en mutation, quelle place pour les Églises ?

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30 septembre 2014

REVUE DE PRESSE - SEPTEMBRE 2014

L’élection de Hery Rajaonarimampianina le 17 janvier a été généralement perçue comme l’avènement d’une nouvelle ère pour Madagascar, après 5 années d’une transition calamiteuse. Son élection été jugée par la communauté internationale comme « globalement positive » et marquant le retour à l’Etat de droit. Pourtant, au terme des sept premiers mois de son mandat, le président peine à convaincre ceux qui voyaient en lui l’homme de la rupture avec ses anciens alliés de la transition. Hery Rajaonarimampianina lui-même reconnaît qu’il y a du retard dans la réalisation des objectifs qu’il a fixés lors de son investiture. Huit mois après, le ton monte et la grogne semble difficile à contenir Le nouveau pouvoir se heurte à de nombreux blocages et doit faire face à des défis menaçants. Telle est notamment l’analyse approfondie que fait le chercheur Mathieu Pellerin. Une guerre de clans minerait la présidence et l’équipe présidentielle est en difficulté avec le gouvernement. Le premier ministre lui-même admet l’existence de « dysfonctionnements » au sein de son équipe. On prétend également que le chef de l’Etat est entouré de conseillers qui nuisent à son image. Les spéculations sur un éventuel remaniement ministériel agitent la classe politique. Elles sont attisées par la dégradation du climat social, par l’impression que les bailleurs doutent des capacités de l’équipe gouvernementale à impulser le changement et que l’exécutif est dans l’incapacité de s’attaquer aux maux qui rongent la société. Des menaces d’une motion de censure se sont propagées au sein de l’assemblée nationale. Dans ce contexte, le clan Ravalomanana menace de rompre sa collaboration avec le régime et de boycotter un éventuel remaniement si l’ancien président reste condamné vivre en exil. La situation laisse planer un risque d’explosion sociale, jugent des observateurs, ce qui n’est pas pour rassurer les investisseurs qui restent encore très circonspects.

Le régime repose sur des bases fragiles au niveau de l’assemblée nationale et aucune opposition constituée n’est encore parvenue à voir le jour. Alors que la Constitution lui attribue un rôle enviable, l’opposition est dans l’incapacité de désigner son chef de file. Une charte de l’opposition a été élaborée, après trois mois de gestation, mais tous les opposants potentiels ne s’y sont pas ralliés.

Toutes les institutions prescrites par la Constitution ne sont pas encore en place : création d’une structure nouvelle et indépendante en charge des élections qui devra prendre la suite de la CENIT dont le mandat est arrivé à son terme, création du Haut Conseil de la Défense de l’État de Droit et de la Démocratie, mise en place du Sénat et de la Haute Cour de Justice (HCJ). Des observateurs s’en inquiètent et redoutent une nouvelle crise institutionnelle, consécutive à l’inertie du pouvoir et à son « amateurisme ». Le non-respect des délais de mise en place de ces institutions risque théoriquement de provoquer la déchéance du chef de l’Etat par empêchement. Dans son dernier communiqué, le SeFaFi a lancé une sévère mise en garde à l’endroit des autorités : « Le refus du pouvoir d’organiser les élections communales entrainera des conséquences graves », écrit-il.

Les communales, dernier scrutin prévu dans la feuille de route de sortie de crise, ne pourront se tenir avant la fin de l’année, compte tenu des délais légaux à respecter et de l’interdiction d’organiser des élections en saison des pluies, sauf cas de force majeure. Des textes régissant l’organisation des collectivités locales décentralisées et les modalités d’organisation de cette consultation n’ont pas encore été finalisés et adoptés par les députés. Or les dispositions transitoires de la Constitution de la IVème République stipulent que le chef de l'État dispose de 12 mois à partir de son investiture pour mettre en place la HCJ. Or, pour respecter cette disposition, le pouvoir doit organiser avant cette échéance les élections communales, régionales et provinciales pour former le Sénat. La Haute assemblée se doit ensuite de désigner deux de ses membres pour siéger à la HCJ. Pour les organisations de la société civile la programmation des communales d‘ici la fin de l’année constituait une obligation qui n’a pas été respectée. Des juristes considèrent cependant que la HCJ peut être mise en place en l’absence de désignation de la totalité de ses membres. Une position défendue par la ministre de la justice. Le report des communales à 2015 risque par ailleurs de soulever un problème de financement, les bailleurs de fonds qui ont alimenté le Pacem risquant de se retirer. Une session extraordinaire pourrait être convoquée en octobre pour examiner ces textes mais cette perspective rencontre l’hostilité des députés.

L’activité diplomatique a été largement accaparée par le débat sur le retour des îles Eparses sous souveraineté malgache. La ministre des affaires étrangères indique que depuis 1979 le statut de ces îles figure toujours à l’ordre du jour des Sommets des Nations unies mais qu’à chaque fois c’est Madagascar et la France qui demandent l’ajournement des débats. Un « comité national pour la restitution des îles Eparses et la revendication du plateau continental » a vu le jour, à l’initiative d’Alain Ramaroson. Le parti nationaliste Otrikafo et des partenaires de l’opposition ont appelé à manifester devant le siège des Nations unies dans le but d’interpeller l’ONU sur la nécessité de restituer ces îles à Madagascar mais la mobilisation espérée n’a pas été au rendez-vous. La question a été abordée à l’occasion de la rencontre qui s’est tenue à Paris entre le chef de l’Etat et son homologue français, en marge de sa visite officielle en France, bien qu'à postériori le président malgache s'en défende. Il a été décidé de la création d’une plateforme d’échanges composée des deux ministères des affaires étrangères. Hery Rajaonarimampianina s’est prononcé en faveur d’une cogestion de ces îles, à l’image de l’accord conclus en 2010 entre la France et Maurice pour l’île Tromelin (toujours non ratifié par le Parlement français). Pour nombre d’observateurs, Madagascar aurait abandonné sa souveraineté de droit sur ces îles. Pour les milieux nationalistes, la proposition de cogestion est « une capitulation pure et simple ».

La Nation 22 09

A l’occasion de la visite officielle en France du chef de l’Etat, un rapprochement spectaculaire semble s’être opéré entre le deux pays. Des relations privilégiées qui ne satisfont pas tous les commentateurs, dont certains militent pour une diplomatie tous azimuts, à l’instar de la ministre des affaires étrangères, Harisoa Razafitrimo. Au cours de cette visite, l’accent a été mis sur le renforcement de la présence des entreprises françaises à Madagascar. Un accord a été conclu concernant la lutte contre la piraterie maritime et la pêche illicite. Ont également été évoquées les questions liées à la défense nationale, au terrorisme, à l’exploitation minière et pétrolière (en partenariat avec Total). L’AFD va accorder une aide budgétaire de 40 millions d’euros sur les années 2014 et 2015. Un autre appui budgétaire de 26 millions d’euros est également prévu. François Hollande a annoncé qu’il soutiendra la candidature de Madagascar pour la tenue du Sommet de la Francophonie en 2016.

 

Il se confirme que Madagascar n’atteindra pas les OMD en 2015. Le taux d’extrême pauvreté a progressé de manière préoccupante. L’insécurité alimentaire ne cesse de prendre de l’ampleur dans le Grand Sud. Le taux de scolarisation dans le primaire est encore très loin de l’objectif des 100%. 600.000 enfants sont actuellement déscolarisés et le niveau des élèves n’a cessé de baisser de 1998 à 2012. Madagascar est classé 129ème sur 145 pays en termes de « qualité de la connaissance ». Le taux de mortalité maternelle et infantile est trois fois supérieur à l’objectif et l’indicateur n’a pas connu d’amélioration récente. Le taux d’utilisation d’une contraception moderne chez les femmes en union reste minoritaire et moins de 50% des femmes sont assistées par du personnel de santé qualifié lors de leur accouchement.

Les 113 centres de santé de base fermées durant la Transition vont pouvoir ré-ouvrir grâce au recrutement de 449 paramédicaux qui ont reçu leur décision d’affectation, à condition qu’ils acceptent d’exercer dans des postes isolés, où règne parfois l’insécurité. Près de 40% des décès à Madagascar sont encore attribuables à des maladies infectieuses et parasitaires évitables. L’épidémie de peste refait son apparition dans plusieurs districts et a déjà causé 39 décès. Les feux de brousse illicites et la pratique du tavy contribuent à faire fuir les rats vers les villages.

L’invasion acridienne qui s’est abattue sur la capitale fin août confirme que le fléau n’est pas encore totalement maîtrisé. La seconde campagne de lutte antiacridienne a pu débuter grâce au reliquat de crédits de la campagne précédente mais la FAO se dit préoccupée : il lui faut encore collecter 15 millions de dollars pour mener à son terme son programme triennal. Tous les efforts entrepris risquent d’être mis à mal par ce manque de financement. L’appel lancé par la FAO après le passage des criquets dans la capitale n’a pas été entendu.

Les conditions de détention en milieu carcéral constituent à Madagascar l’une des plus graves atteintes aux droits de l’homme. Pour tenter d’améliorer la situation, le ministère de la justice a conclu un accord de partenariat avec Handicap International, qui bénéficiera de financements de l’UE et de l’AFD.

La Chine favorise les violations des droits de l'homme dans divers pays d'Afrique (dont Madagascar) et d'Asie en y exportant toute une gamme d'instruments de torture, dénonce un rapport d’Amnesty International. Plus de 130 entreprises sont pointées du doigt. « Le système d'exportation vicié de la Chine a permis au commerce de la torture et de la répression de prospérer », déplore le rapport de l’ONG. Il apparaît, à sa lecture, que la Grande Ile a fait partie des pays de destination de ces outils durant la dernière période critique de son histoire politique. Le rapport note que « les équipements importés sont arrivés à Madagascar via l'Afrique du Sud à bord du jet privé du président Ravalomanana, contournant ainsi la douane, et ont été utilisés pour réprimer violemment des manifestations en grande partie pacifiques ».

Le Liban se livre à des expulsions forcées d'enfants de travailleurs immigrés qui sont nés sur son territoire et, dans certains cas, de leurs mères, déclarent dix ONG présentes dans ce pays. Human Rights Watch dénonce « une entrave excessive au droit de tous à une vie de famille ». Nombre de ces migrants viennent du Bangladesh, du Sri Lanka, des Philippines, du Ghana, du Soudan du Sud et de Madagascar.

L’Etat confirme qu’il prépare une rencontre de toutes les entités concernées par le processus de réconciliation nationale. Cette initiative officielle risque de se heurter à un nouveau boycott des Eglises membres du FFKM, qui estiment qu’elle n’est en rien différente des précédentes. Elles considèrent que « la médiation, la réconciliation et l’apaisement sont des missions réservées à l’Eglise. Des missions dans lesquelles le président de la République n’a pas à s’immiscer ». Les chefs d’Eglise déclarent vouloir organiser un Sommet entre Zafy Albert, Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina et Hery Rajaonarimampianina. Le pasteur Lala Rasendrahasina, président de la FJKM, explique que la suspension des initiatives de réconciliation engagées par le FFKM au plus fort de la crise politique a été décidée sur injonction de la communauté internationale, qui pensait qu’après les élections la situation s’arrangerait d’elle-même. Le constat que la crise politique larvée se prolonge au-delà du scrutin présidentiel conduit  le FFKM à lancer un appel à la reprise du processus, sous sa conduite. Une relance qui pourrait bien à nouveau être vouée à l’échec, estiment nombre d’observateurs.

La question de l’application intégrale de la feuille de route et notamment de son article 20 stipulant le retour de Marc Ravalomanana continue d’agiter le microcosme politique. Des représentants de la Troïka de la SADC ont rencontré Marc Ravalomanana à Pretoria. Rendant compte de ces entretiens, l’ancien chef de l’Etat a de nouveau réclamé le renouvellement de son passeport diplomatique pour pouvoir rentrer au pays et, dit-il, rétablir toute la vérité sur les événements de 2009 afin de pouvoir entamer la véritable phase de réconciliation nationale. L’ancien président a qualifié les dirigeants actuels de « démagogues ». Il a également affirmé que les financements internationaux ne seront pas débloqués, notamment ceux de l’UE, sans la mise en œuvre de l’intégralité de la feuille de route. Le nouvel ambassadeur européen a mis l’accent lui aussi sur la nécessité d’une mise en œuvre intégrale de la feuille de route mais ne semble pas en faire une conditionnalité à la reprise de la coopération. La ministre de la justice explique que le retour de Marc Ravalomanana ne relève pas de son département. Il s’agit, dit-elle, d’une affaire politique qui dépend de plusieurs paramètres, le plus important concernant la personnalité de Marc Ravalomanana, un homme qu’elle qualifie de versatile, infidèle et imprévisible. La mouvance menace de se retirer du gouvernement si Hery Rajaonarimampianina persiste à bloquer le renouvellement du passeport de l’ancien président.

L’appétit d’avantages de toute nature dont font montre les députés a été vivement dénoncés dans les médias. Le bureau permanent a révisé à la hausse les avantages dont bénéficient ses membres ainsi que les vice-présidents et les questeurs, allant jusqu’à indisposer la base des parlementaires.

La proposition de loi organique relative au fonctionnement de l’assemblée nationale, adoptée par les députés dans un sens qui leur était favorable a été déclarée anticonstitutionnelle par la HCC. Les questions relatives à leur déclaration de patrimoine et à leur immunité parlementaire s’invitent à nouveau dans le débat. L’ordonnance qui avait été élaborée par l’exécutif pour régir le fonctionnement de l’assemblée et rejetée par les élus redevient applicable. Un texte qui, lors de sa sortie, avait été la source d’un premier bras de fer entre le législateur et l’exécutif. « Nous n’allons pas rester les bras croisés, nous allons répliquer ! », pouvait-on entendre dans les travées de l’institution. Pour La Gazette, les parlementaires réticents à effectuer leur déclaration de patrimoine contribuent à retarder le décaissement des aides extérieures. Le Trésor rappelle dans son dernier bulletin que la déclaration de patrimoine par les responsables concernés fait partie des conditionnalités des bailleurs de fonds.

Le nouveau directeur du Bianco annonce que son institution engagera désormais des investigations de sa propre initiative. La démarche pourrait lui permettre de se saisir d’affaires impliquant des « gros bonnets » dont les agissements n’ont pas été dénoncés, par crainte de représailles. Une consultation nationale sera organisée pour mettre sur pied une stratégie de lutte contre la corruption. La participation de la société civile serait fortement sollicitée. De nombreuses affaires de corruption ont fait la une des journaux, certaines mettent en cause d’anciens ministres et hauts fonctionnaires des régimes précédents. La question de l’indépendance du Bianco reste néanmoins posée. Les instances internationales pointent du doigt le fait que l’organe dépende encore de la présidence de la République pour la désignation de son directeur et pour son financement. Une anomalie pointée du doigt par la Banque mondiale. Les déclarations du chef de l’Etat selon lesquelles il ne lancera pas de « chasse aux sorcières » à l’encontre des hauts responsables de la Transition qui ont commis des malversations pourraient imposer au Bianco de limiter ses ardeurs.

Classement Mo Ibrahim 2014 sur la gouvernance : Madagascar se classe en 33ème position sur 52 pays du continent africain. Tous les critères d’appréciations avaient enregistré une chute catastrophique entre 2008-2009 et ce jusqu’en 2012. Entre 2012 et 2013, une très légère reprise a été notée dans certains secteurs (sécurité et état de droit, et participation et droits de l’homme) mais avec 48,2/100, la note IIAG 2014 de Madagascar est en deçà de la moyenne africaine qui est de 51,5/100.

Le bilan des affrontements entre forces de l’ordre, communautés villageoises et dahalo ne cesse de s’alourdir. La gendarmerie nationale annonce que des hélicoptères vont bientôt appuyer les troupes au sol. Des députés issus de différents courants politiques critiquent vivement Hery Rajaonarimampianina « pour son inaction ». Des députés mettent en accusation des Chinois qui entretiendraient des réseaux pour alimenter en viande bovine certains abattoirs. La viande serait destinée à l’exportation vers la Chine. Le centre de recherches CETIM (Centre Europe-Tiers Monde) dénonce « les graves et nombreuses violations des droits humains perpétrées par le gouvernement malgache dans le Sud du pays à travers l’opération coup d’arrêt », évoquant des exécutions sommaires, extrajudiciaires et arbitraires. Le CETIM demande au Conseil des droits de l’homme à Genève de recourir aux « procédures spéciales » afin de mener une enquête approfondie sur tous ces faits. La gendarmerie reconnaît l’existence de plaintes des populations contre ses éléments pour corruption et brutalités. Un « remake » des évènements dénoncés en son temps par Amnesty International. Le secrétaire d’Etat à la gendarmerie affirme n’y a pas eu de bombardements aériens dans le cadre de l’opération « coup d’arrêt », contrairement à certaines rumeurs ; seuls seraient visés des « repaires de dahalo ». la réactivation des "dinas" sur l'ensemble du territoire est à nouveau d'actualité.

L’article 20 de la loi sur la cybercriminalité votée en catimini continue d’alimenter la polémique. Freddie Mahazoasy, vice-président de l’assemblée nationale, s’engage à proposer un amendement pour répondre à l’inquiétude des défenseurs des libertés publiques. Les conditions d’exercice du journalisme à Madagascar, sont, selon Iloniaina Alain, journaliste à L’Express, « psychologiquement affligeantes ». La cellule de crise des journalistes pour la liberté d’expression réclame le départ du ministre de l’environnement qui les a accusés d’être à la solde des barons du trafic de bois de rose. Dans le viseur également : le directeur de cabinet de la présidence de la République, Henri Rabary-Njaka, et deux ministres.

Pour Tribune, « les réseaux mafieux continuent de plus belle leurs activités de pillage et d’exportation illégales [de bois de rose] sans que le président ne concrétise ses avertissements. Les Ongs et associations œuvrant pour la défense de l’environnement projettent d’organiser un sit in pour dénoncer « l’inertie du gouvernement ». « Ils font semblant seulement », en ne réagissant que tardivement, quand ils sont sûrs que les bois de rose sont hors de leur portée. Les trafiquants arrêtés et jetés en prison ne sont que les second couteaux, jamais les « gros bonnets » connus de tous, estiment-elles. La ministre de la justice admet qu’il est difficile d’arrêter les commanditaires car certains d’entre eux se seraient réfugiés dans des pays avec lesquels Madagascar n’a pas signé d’accord de coopération juridique.

Pas de financements extérieurs avant le premier semestre 2015. Sept mois après l’entrée en fonction du nouveau pouvoir, le ministère de l’économie s’attelle à l’élaboration du Plan National de Développement (PND). Il sera prêt à être présenté aux bailleurs de fonds d’ici le début de l’année 2015. Les bailleurs ne peuvent effectuer aucun décaissement tant que ce PND n’est pas validé. « L’année 2014 aura été une année blanche en termes de promotion du développement pour Madagascar », déplore La Nation. Depuis le début de l’année, le régime est accusé de n’avoir rien fait pour mettre en chantier son PND et l’UE éprouve une certaine méfiance vis-à-vis de l’élaboration de ce programme dont le contenu conditionne le déblocage de ses aides. Le nouvel ambassadeur de l’UE souligne en outre l’utilité d’appliquer tous les articles de la feuille de route, dont celui concernant le retour de l’ancien président. L’UE accompagnera la relance mais fera preuve de vigilance, annonce-t-il. « Le gouvernement doit rétablir la confiance en l'administration publique et dans le pays. Celui-ci doit devenir, aux yeux des investisseurs, un partenaire avec lequel travailler et une destination sûre dans laquelle investir » recommande de son côté la Banque mondiale. Même prudence affichée par Les États-Unis qui continuent de privilégier les aides directes via les organismes américains qui travaillent dans le domaine social. Comme à l’accoutumé, la position française parait beaucoup plus accommodante.

La compagnie nationale Air Madagascar ne peut espérer pouvoir être autorisée à survoler l’espace aérien européen avant le printemps 2015. Les employés ont décrété un mouvement de grève pour que le pouvoir fasse pressions sur les autorités françaises, jugées responsables de cette interdiction décrétée par la Commission européenne. Des employés ont boycotté l'assistance aux vols en provenance de France. Du fait de son exclusion du ciel européen, les pertes cumulées de la compagnie nationale avoisinent les 100 millions de dollars. Malgré son déficit chronique, la compagnie a grassement payé plusieurs consultants, devenus des responsables de l'administration de Hery Rajaonarimampianina, révèle La LOI.

délestage 27 09

Autre société d’Etat dans la tourmente, la Jirama a connu un climat social tendu, sur fond de délestages de plus en plus mal supportés et qui commencent à impacter gravement l’économie nationale. Les entreprises et les commerces de la capitale tirent la sonnette d’alarme, certaines se déclarent au bord de la faillite. Des employés ont été soupçonnés d'avoir organisé un court-circuit au domicile du président de la République. La plainte dont ils auraient fait l’objet de la part du chef de l’Etat pour atteinte à la sureté intérieure de l’Etat n’aurait jamais existé. Les enquêteurs n’auraient agi que sur « ordres venant d’en haut ». Des discussions entre l’intersyndicale et la présidence de la République ont abouti à l’arrêt des poursuites. La Banque mondiale devrait intervenir pour aider au rétablissement de l’entreprise dont la situation financière est catastrophique.

Les étudiants occupant les cités universitaires du campus de Toamasina se sont mis en grève pour s’opposer à leur expulsion au terme de l’année universitaire. Ils protestent contre la décision du conseil d'administration d'annuler l'année universitaire 2013-2014 en raison des événements qui ont perturbé son déroulement. Le président de l’université entend remettre à plat le système d’attribution des logements car, comme sur tous les campus de la Grande Ile, bon nombre de résidents ne sont pas étudiants ou ne le sont plus depuis des lustres mais continuent à squatter les lieux. Ces occupations abusives, associées aux vols de d’électricité et d’eau fournis par la Jirama font des campus des zones de non-droit, note Tribune. A Majunga également, le bras de fer n’est pas terminé. Une frange des universitaires n’a toujours pas admis le limogeage du président. La dégradation des infrastructures à l’université d’Antananarivo témoigne aussi de ce mépris des autorités pour l’enseignement supérieur, estiment les observateurs. Les constructions illicites jouxtent désormais les cités universitaires dans une ambiance dangereuse de promiscuité. Les étudiants de l’université d’Ankatso à Antananarivo se sont opposés eux aussi au lancement d’une opération d’assainissement.

 

Les maîtres Fram ont leur mouvement de grève pour exiger le recrutement par le ministre de la totalité des 75000 maîtres et gratuité totale de l’enseignement public. Le ministre affirme ne pas pouvoir aller au-delà de 10 000 recrutements, faute de budget. Des échauffourées se sont produites avec les forces de l’ordre et des meneurs ont été arrêtés. L’Association Nationale des Enseignants Fram réitère que l’année scolaire à venir risque d’être une année blanche si leurs revendications ne sont pas satisfaites d’ici la rentrée, en octobre. Les parents ont été autorisés par le ministère à renvoyer les maîtres Fram grévistes. Pour mémoire, on estime à 10% la proportion de ces enseignants qui possèdent le niveau de formation requis ; nombre d’entre eux n’ont même pas le BEPC.

 

SOMMAIRE

POLITIQUE

  • Conjoncture politique
  • législatives partielles
  • Elections communales
  • Diplomatie, coopération, dossier « îles Eparses »

DROITS HUMAINS - GOUVERNANCE

  • Santé publique, calamités naturelles, environnement
  • Condition carcérale, torture
  • Education, droits des enfants et des femmes, traite, emploi
  • Réconciliation nationale, justice, retour de Marc Ravalomanana
  • Gouvernance, déclaration de patrimoine, Bianco
  • Lutte contre l’insécurité, opération « coup d'arrêt »
  • Médias

ÉCONOMIE - SOCIAL

  • Questions foncières
  • Ressources minières, pétrolières et halieutiques
  • Trafic de bois de rose et de ressources naturelles, déforestation
  • Bailleurs de fonds, coopération économique
  • Air Madagascar et la Jirama : deux société d’Etat dans la tourmente
  • Climat social : agitation universitaire, enseignants Fram
  • Divers

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25 septembre 2014

ARTICLES REMARQUES - SEPTEMBRE 2014

<> 25 09 14 - L’organisation pour les droits humains Dis Moi (DroItS huMains Océan Indien) a pour vision une région (le Sud-Ouest de l’océan Indien) où les droits humains sont respectés et protégés. L’association a été fondée en 2012 à Maurice. Elle repose sur le constat que la culture des droits de l’homme est encore très largement déficiente dans cette région du monde. Son projet est d’aider à créer une solide culture des droits de l’homme parmi les populations de la région, notamment à l’île Maurice, à Rodrigues, à Madagascar, aux Comores et aux Seychelles. Elle met l’accent sur l’éducation à la citoyenneté, la sensibilisation sur les questions relatives aux droits fondamentaux, notamment des jeunes, des femmes, des migrants, ainsi que sur la création d’un solide réseau de membres au sein de la société civile régionale. Dis Moi mène des actions de plaidoyer et coopère avec les médias mauriciens.Site : http://www.dismoi.org/ - Tous les deux mois depuis juillet 2014, Dis-Moi envoie une newsletter à tous ses membres et supporters ainsi qu’aux personnes qui souhaitent se tenir informées surl’actualité des droits humains dans l’Océan Indien et la vie de l’association.

17 09 14 - Tanjona - La rémunération mensuelle d'un député équivaut à 13 années de salaire d'un ouvrier
Évoquer Madagascar en 2014, c’est évoquer un pays confronté – entre autres – à une crise politique persistante, avec pour corollaire une misère économique, sociale et culturelle devenue endémique. Ces deux phénomènes s’auto-alimentent et aboutissent à des situations extravagantes sinon révoltantes. Les dérives constatées au sein de l’assemblée nationale en sont une parfaite illustration, notamment s’agissant des  émoluments et avantages des députés, représentants élus et mandatés par le peuple pour le représenter. Cinq années de transition ont plongé Madagascar dans une situation inédite. Elles ont contribué à éroder un peu plus la confiance, le respect et la compréhension déjà infime que la population avait de l’utilité des institutions et de ses représentants, élus ou non. La désinvolture du personnel politique et l’absence totale de référence morale ont conduit à l’avènement d’un cadre et d’un environnement politique quasiment identique à celui qui prévalait sous la Transition, à la différence notable, que c’est maintenant un fait accompli marqué du sceau de la légalité...

<>  12 09 14 - Communiqué du SeFaFi - Les lois sur la décentralisation, un nouveau gâchis
Il aura fallu deux sessions extraordinaires de l’assemble nationale pour adopter les lois sur la décentralisation. Avec le vote de ces lois, nous disait-on, les élections communales pourraient être tenues en 2014. Les lois ont été votées, mais un silence étourdissant entoure la tenue des élections promises, par ailleurs exigées par le respect de la démocratie et de l’État de droit. Le communiqué revient en détail sur les péripéties qui ont marqué ces débats. et conclut : "Le refus du pouvoir d’organiser les élections communales entrainera des conséquences graves. Faute d’élus communaux, il n’y aura ni élections régionales ni élections provinciales avant mai 2015, fin de prochaine saison des pluies ; et donc pas de Sénat, qui « représente les Collectivités territoriales décentralisées » (Constitution, art. 81). Il sera impossible pour le président de la République de mettre en place la Haute Cour de Justice, ce que la Constitution lui enjoint de faire « dans un délai de 12 mois à compter de son investiture » (art. 166), soit le 25 janvier 2015 - le même article précisant que « toute partie justifiant d’un intérêt peut saisir les institutions compétentes de demande de sanction en cas de carence ». Autant dire que nous allons vers une crise institutionnelle majeure, du fait de l’imprévoyance et de l’amateurisme de nos dirigeants".

- 08 09 14 - Festival international du film d'Afrique et des îles FIFAI 2013 - "Campus B5" de Mohamed Ali Ivesse - DV 26’. L'Université de Toamasina est censée former les futurs cadres de Madagascar. Pourtant, le quotidien des étudiants rime avec désordre, indiscipline, insalubrité, voire insécurité. La fatalité politique y règne déjà, les étudiants et l'administration se renvoient la faute continuellement. Le campus est le reflet de ce pays qui va mal. https://www.youtube.com/watch?v=PtzzHTMDk74

- 03 09 14 -HRW - Liban - Des enfants de travailleurs immigrés font l'objet d'expulsions
Le Liban se livre à des expulsions de force d'enfants de travailleurs immigrés qui sont nés sur son territoire et, dans certains cas, de leurs mères, ont déclarent dix organisations ONG présentes dans ce pays. La décision récente de l'agence de sécurité chargée de superviser l'entrée et le séjour des étrangers sur le sol libanais de refuser de renouveler le permis de séjour de certaines travailleuses immigrées effectuant des tâches peu rémunérées et ayant eu des enfants au Liban, ainsi que celui de ces enfants, constitue une entrave excessive au droit de tous à une vie de famille, déclare Human Rights Watch.« Aux termes de la nouvelle directive de la Sûreté générale, certaines familles sont en train d'être déchirées tandis que d'autres sont apparemment privées de leurs moyens d'existence simplement parce qu'elles ont eu des enfants au Liban », ajoute le directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de l'organisation.Selon le droit libanais en matière de droit de résidence, certaines catégories d'immigrants à bas salaires, en particulier les travailleuses ou travailleurs domestiques, ne sont pas autorisés à faire bénéficier leur époux(se) ou leurs enfants de leur permis de séjour. Nombre de ces migrants viennent du Bangladesh, du Sri Lanka, des Philippines, du Ghana, du Soudan du Sud et de Madagascar.

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  01 09 14 - Blog Afrique décryptage - Mathieu Pellerin - La rupture en demi-teinte du nouveau président malgache
L’élection de Hery Rajaonarimampianina le 17 janvier 2014 a incontestablement divisé les observateurs et décideurs. Dès son discours d’investiture, la plupart d’entre eux se sont réjouis du retour de l’État de droit à l’issue d’une élection jugée par la communauté internationale comme "globalement positive ". Nombreux sont ceux qui, consciemment ou non, ont projeté dans le nouveau président leurs espoirs déçus par quatre années de transition. Pourtant, au terme des sept premiers mois de son mandat, le président peine à convaincre ceux qui voyaient en lui l’homme de la rupture avec ses anciens alliés de la période de transition. Après être revenu sur ce bilan en demi-teinte, l'auteur, dans une analyse très pertinente, présente les facteurs de blocage auxquels se trouve confronté le président, avant de présenter les défis à venir. Un article à lire absolument !  L'auteur est chercheur associé au programme Afrique subsaharienne de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Diplômé en sciences politiques et en intelligence économique, il dirige la société CISCA (Centre d’Intelligence Stratégique sur le Continent Africain). Il est également rédacteur en chef adjoint de la revue Sécurité et Stratégie.

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31 août 2014

REVUE DE PRESSE - 2EME QUINZAINE D'AOUT 2014

La revue de presse, interrompue le 25 juillet pour congés, reprend à la date du 15 août. Prochaine revue de presse le 30 septembre.

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Sept mois après la prise de fonction de Hery Rajaonarimampianina l’atmosphère politique est encore emprunte de fortes incertitudes. Les cinq années de Transition ont laissé pays des séquelles graves, que les dirigeants en place ont la lourde tâche d’effacer,  juge L’Express, qui traduit bien la teneur des propos de l’on peut lire dans la presse. Depuis son investiture, le chef de l’Etat n’a cessé de rencontrer des difficultés. Il a eu à affronter des conflits au sein de l’assemblée nationale et a dû consacrer une trop longue séquence au choix d’un premier ministre dont la personnalité ne fait pas consensus. Le pouvoir est confronté au lourd héritage laissé par le régime transitoire. Il tente de redresser la barre et de bannir les pratiques antérieures qui gangrènent la société et l’administration mais la route est encore longue et les obstacles nombreux. Parmi les défis à relever, l’éradication du trafic des ressources naturelles, particulièrement du bois de rose, le sauvetage des sociétés d’Etat, parmi lesquelles la Jirama et Air Madagascar, le redressement de l’université, l’intégration à la fonction publique d’une partie des maîtres FRAM, l’explosion de l’insécurité tant urbaine que rurale, la mise en chantier de la réconciliation nationale. Le président de la République a figuré parmi les barons de la Transition. Pendant cinq ans, il a occupé le poste de ministre des finances et du budget et faisait partie des hommes de confiance du président de la Transition. Il lui sera donc difficile de se dédouaner de tous les dérives du précédent régime. Elu « par défaut », son autorité peine à s’imposer. La crise interminable, mal gérée, a engendré un désespoir généralisé. La prise en main des affaires nationales par le nouveau régime n’est pas effective. Les travaux de réforme tardent à venir en raison du manque de moyens financiers. Les partenaires traditionnels, multilatéraux comme bilatéraux, attendent des avancées significatives dans la restauration de l’Etat de droit avant de concrétiser leurs engagements. Les problèmes risquent d’empirer à l’approche de la rentrée scolaire et de la période de soudure. Le pays ne semble pas encore sorti de la crise, il donne même  la nette impression de s’y enfoncer encore plus. Les compétences et le comportement de la garde rapprochée de Hery Rajaonarimampianina font l’objet de vives critiques. Nombre de Malgaches pensent qu’une nouvelle crise se prépare, d’après une récente enquête de l’organisation « Liberty 32 ». Une opinion largement partagée par les observateurs de la vie nationale. L’incarcération de deux journalistes au mois de juillet suite à la plainte pour diffamation de trois membres du gouvernement cités dans un courrier de lecteur concernant le trafic de bois de rose, a porté un coup sévère à la crédibilité du nouveau régime. L’adoption le 19 juin par une assemblée nationale largement discréditée d’un projet de loi sur la cybercriminalité, dont la teneur n’a été révélée que début août, a soulevé une levée de boucliers. Les organisations de la société civile ont exprimé leurs profondes préoccupations quant aux entraves à la liberté d’expression et à la liberté d’information qui pourraient résulter de l’application d’un article de cette loi traitant de « l’injure ou la diffamation » commise envers les autorités par voie électronique. Des rumeurs de coup d’Etat miliaire agitent encore une certaine presse.

Les élections communales, dernier scrutin prévu dans le cadre de la feuille de route de sortie de crise, devaient se tenir avant la fin de cette année. Le mandat des élus en place est arrivé à échéance depuis bientôt deux ans et nombre de communes sont gérées par des « délégations spéciales ». Ces maires, dépourvus de légitimité électorale, ne peuvent lutter efficacement contre la gabegie, l’incivisme et l’anarchie qui se sont installés durant les cinq ans d’une interminable transition, observe le SeFaFi dans un communiqué. Il écrit notamment : « L'exécutif donne l'impression de ne pas souhaiter organiser ce scrutin communale avant la saison des pluies. L’obligation de tenir ces élections en 2014 est pourtant renforcée par le fait que les financements extérieurs risquent de ne plus être disponibles l’an prochain. Les tergiversations actuelles concernant l’organisation des élections communales et municipales ne peuvent être que suspectes et interprétées comme relevant de calculs politiciens ». Le pouvoir se justifie de ce très probable report en mettant en avant la nécessité d’adopter au préalable les textes généraux régissantles compétences, les modalités d’organisation et de fonctionnement des collectivités territoriales décentralisées, dans le cadre d’une décentralisation unanimement attendue depuis des décennies et jamais mise en œuvre.

Le projet de loi organique sur cette question de la décentralisation a été adopté par l’assemblée nationale mais le débat a été largement occulté par une polémique portant sur l’un des volets du texte, prévoyant l’éclatement de la commune d’Antananarivo en six communes. Pour l’Express, le pouvoir a eu la maladresse de proposer cette réforme presque au même moment que le lancement du parti présidentiel HVM, donnant aux détracteurs du projet l’occasion de dénoncer une basse manœuvre politique pour que la capitale ne tombe pas aux mains de l’opposition. Arrivé au pouvoir sans aucun député, le nouveau président est obligé de composer, poursuit le quotidien. Battu dans la capitale par son adversaire, ses manœuvres pour diviser Antananarivo sont évidentes. Elles traduisent la peur du nouveau régime face aux réactions incontrôlables d’Antananarivo, l’éternel spectre du pouvoir. Les députés Mapar et TIM de la capitale ont d’ailleurs manifesté leur opposition au morcellement d’Antananarivo et à l’institution d’un président de communauté urbaine, élu par de grands électeurs. Face notamment aux menaces de manifestation orchestrée par le bouillant ex-membre du CST, Alain Ramaroson, le pouvoir a décidé de revoir son texte. Il devrait être examiné lors de la prochaine session parlementaire, en octobre, session au cours de laquelle devra également être examiné le texte de loi portant organisation du scrutin municipal. Un calendrier qui ne permettra visiblement pas d’organiser des élections « aux normes » avant la fin de l’année.

zimbabwe1Madagascar a retrouvé sa place au sein de la SADC. Le 34ème Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement s’est réuni au Zimbabwe, sous la présidence du très peu fréquentable Robert Mugabe, nouveau président en exercice de l’organisation régionale, qui a adressé ses félicitations au président de la République « pour le retour de Madagascar dans la SADC ainsi que pour l’accomplissement des élections démocratiques et acceptées par la communauté Internationale ». Ce Sommet avait pour objectif de dresser le bilan des OMD et d’élaborer une stratégie de développement pour les années à venir. La presse s’étonne que les dirigeants Malgaches soient allés discuter de stratégie de développement avec les membres de la SADC, alors qu’au plan national aucun débat public n’a encore été organisé par le pouvoir sur ce thème majeur. La Grande Ile se situe en queue de peloton des pays membres pour la réalisation des OMD. L’opinion demeure réservée quant aux avantages que Madagascar pourrait retirer de cette adhésion au bloc régional, voulue par Marc Ravalomanana qui y voyait un intérêt majeur pour les activités de son groupe Tiko. La SADC est par ailleurs jugée très sévèrement pour le rôle que ses membres africains ont a joué dans la résolution de la crise politique. Le Sommet s’est prononcé en outre en faveur de la mise en œuvre intégrale de la feuille de route de sortie de crise, dont l’article 20 sur le retour des exilés politiques reste inappliqué. L’avocat de Marc Ravalomanana, le Sud-africain Brian Currin, était présent dans les coulisses du Sommet, pour faire avancer le dossier du retour d’exil de son client. La SADC n’a fait, en fin de compte, que rappeler sa position sur ce dossier, avec l’appui des États-Unis, toujours en première ligne pour réclamer le retour de Marc Ravalomanana. Éric Wong, chargé d’affaires de l’ambassade américaine confirme d’ailleurs avoir rencontré Marc Ravalomanana en Afrique du Sud le 9 août. Au menu de cet entretien, l’application de la feuille de route, particulièrement son article 20.

Hery Rajaonarimampianina a participé au Sommet des chefs d’Etat de la COI, réuni aux Comores, en présence du chef de l’Etat Français. Les sujets liés aux conflits de souveraineté avec la France, concernant les îles Eparses, tout particulièrement, étaient très attendus par une partie de la presse et de l'opinion malgache, mais ces questions n'ont pas été abordées, en tout cas pas dans les discours ni les communiqués officiels. Le président de la République française a évoqué les pistes de travail pour le développement des îles de l’océan Indien et notamment des Comores : « Il y a beaucoup d’espoir de gisements que nous pouvons exploiter non loin des côtes comoriennes. La nouvelle technologie peut mettre en valeur des nouvelles richesses que nous pouvons utiliser sans mettre en danger l’environnement », confirmant ainsi l’intérêt que porte l’Hexagone à son immense domaine maritime au sud-ouest de l’océan Indien. La réunion du conseil des ministres de la COI, qui a précédé le Sommet, a lancé l’idée de faire de Madagascar le « grenier de l’océan Indien ». Le projet n’est pas nouveau mais il a relancé la polémique avec les organisations de la société civile qui redoutent les retombées négatives d‘un tel projet encore très flou sur les populations locales.

L’OIF a dépêché une mission officielle à Madagascar pour relancer sa coopération dans les domaines clés de l’éducation, de la formation professionnelle, de la langue et de la culture, du développement durable et de la culture de paix. L’influence de la France a connu un recul durant le régime Ravalomanana mais elle a retrouvé de la vigueur dès la mise en place du régime transitoire dont les liens avec l’ancienne puissance coloniale sont apparus très rapidement, notamment au travers des déclarations de l’ambassadeur Jean-Marc Châtaigner. L’OIF entend redoubler d’efforts pour maintenir Madagascar dans son giron et faire progresser la pratique de la langue française, en fort déclin. La Grande Ile pourrait accueillir le prochain Sommet de l’organisation, en 2016.

Les 113 centres de santé de base fermés durant la crise vont pouvoir rouvrir. Le projet du ministère de la santé cible en priorité cinq régions qui ont enregistré un important retard en matière de santé publique. Au total, cinq millions d’habitants sont concernés. La Banque mondiale supervise la remise des dons émanant de l’AID. Afin de redynamiser ces centres, Roger Kolo annonce que le ministère de la santé a obtenu 409 postes budgétaires. Mais « il faut aussi effectuer une formation au personnel médical pour manipuler certains appareils », souligne-t-il.

Les enseignants FRAM continuent à faire pression sur l’État qui a annoncé le recrutement de 10.000 d’entre eux en tant que fonctionnaires. Du jamais vu dans les annales de l’administration. Aucun régime n’a pu faire un recrutement aussi massif d’un coup, dans l’enseignement de surcroît, après cinq ans de crise. Mais les enseignants FRAM ne sont pas satisfaits et revendiquent qu’on les recrute tous (70 000). La question de fond demeure l’absence de qualification de la majorité de ces enseignants, qui possèdent tout juste le BEPC.

Le représentant de l’Unicef, Steven Lauwerier, a quitté le pays après deux ans de mission en laissant derrière lui d’énormes défis à relever. Plus d’un million enfants se trouvent toujours en dehors de l’école, un enfant sur deux est atteint de malnutrition chronique, une bonne partie des enfants en bas âge n’a pas accès aux services sanitaires. La mise en place d’un système de justice des mineurs est aussi l’une des recommandations du représentant sortant de l’Unicef.

Pour Me Hubert Raharison, bâtonnier de l’ordre des avocats, la corruption au niveau de la justice dépasse l’entendement. Des réformes s’imposent. « La corruption et la concurrence déloyale sont les principaux problèmes rencontrés par les avocats », a-t-il laissé entendre, en marge des premières assises nationales du barreau de Madagascar. Le chef de l’Etat a déclaré à cette occasion qu’il est conscient de la perte de crédibilité de la justice auprès des populations.

Les proches de la défunte ministre de la population et des affaires sociales, Nadine Ramaroson, relancent la polémique au sujet de l’accident maritime qui lui a coûté la vie le 28 août 2011. La famille continue de clamer haut et fort qu’il s’agit d’un meurtre avec préméditation, avec des motivations politiques, l’ancienne ministre jouissant d’une forte notoriété. Le meurtre serait lié « à des affaires de bois de rose. Puisqu’elle a souligné qu’elle ne voulait pas être impliquée dans ces affaires illégales, et que s’il y a des preuves tangibles, elle n’aurait pas peur de les divulguer, malgré les menaces de mort », affirment ses proches.

La mise en place d’un « comité de pilotage » chargé de jeter les bases du processus de réconciliation nationale est en gestation. Cette entité devrait voir la présence de représentants d’institutions étatiques : présidence de la République, primature et Conseil de réconciliation Malagasy (FFM/CRM). « Le plus important est la concrétisation de la volonté de l’Etat à nous aider à faciliter le processus de réconciliation », s’est réjoui Tabera Randriamanantsoa, l’un des leaders du Comité pour la réconciliation nationale (CRN), proche de Zafy Albert. En face, le FFKM, dont la prise en main de la réconciliation nationale est réclamée de longue date par une frange de l’opinion, pourrait ne pas adhérer à cette initiative. Le Courrier indique que de nombreuses voix se sont déjà élevées contre la participation du chef de l’Etat à la mise en œuvre de cette réconciliation, lui reprochant d’être « juge et partie ». « J'ai rencontré l'ancien président à Johannesburg le mois dernier et il est désireux de revenir au pays dans le cadre de la réconciliation » a déclaré le chef de l’Etat en marge du Sommet de la SADC.

Marc Ravalomanana reste passible d’arrestation à son retour au pays. « Il y a un mandat d’arrêt en cours contre Marc Ravalomanana. Il appartient à la justice de décider d’appliquer ou de retirer cette décision judiciaire. Si Marc Ravalomanana fait le forcing pour rentrer à Madagascar, nous pourrions l’interpeller sur consigne de la justice », déclare le général Rakotozafy, ministre de la défense nationale. Il affirme que les forces armées ne nourrissent aucune rancune particulière à son encontre mais que ce n’est peut-être pas le cas pour la population. « N’oubliez pas que les militaires font partie de la population. Peut-être qu’une partie d’entre eux a des problèmes particuliers avec l’ancien chef d’État », a souligne-t-il.

La lutte contre la corruption et le récit de malversations occupent toujours une place de choix dans les médias. Le PNUD se réjouit de voir la société civile s’impliquer dans ce combat. Plusieurs organisations ont été sélectionnées pour mener des actions concrètes de sensibilisation sur le terrain. L’incidence de la corruption ne cesse d’augmenter. Sur l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International, Madagascar est passé du score de 3,1/10 (85ème place) sur 163 pays classés en 2006, à un score de 2,8/10 (127ème place) sur les 175 pays examinés en 2013. Le PNUD rappelle que le phénomène fragilise les institutions, nuit à l’économie et porte préjudice en particulier aux populations les plus vulnérables. Le nouveau directeur du Bianco semble soucieux de lutter plus efficacement que par le passé contre les pratiques qui se sont développées durant la Transition, au risque de devoir remonter jusqu’à des personnalités considérées jusqu’ici comme « intouchables ». Le chef de l’Etat a cependant déclaré lors de son investiture qu’il ne se livrerait pas à une « chasse aux sorcières » à l’encontre des « barons » du régime de Transition.

La situation sécuritaire demeure extrêmement préoccupante, tant dans les zones rurales, qu’en zone urbaine. Elle est la manifestation la plus visible de l’absence d’autorité de l’Etat et de la paupérisation croissante des populations. « Incapable de joindre les deux bouts du mois, les fonctionnaires censés représenter l’Etat sont discrédités au sein de la société et n’arrivent pas à s’imposer comme des leaders », constate La Gazette. Des affrontements entre dahalo et forces de l’ordre ont encore fait de nombreuses victimes dans le Sud. Le gouvernement et les membres de l'assemblée se sont rencontrés à huis clos sur la question de l'insécurité grandissante dans cette zone Les députés ont réclamé l'envoi d'hélicoptères. Ils ont également proposé la mise en fourrière des zébus dont l'origine est suspecte, ainsi que le limogeage des autorités complices des malfrats. Une Opération « coup d’arrêt bis » a été décidée : quatre hélicoptères seront mobilisés pour combattre les dahalo dans le Sud. 240 éléments de la gendarmerie nationale seront postés en permanence dans les points chauds. Les opérations et les interventions sporadiques des forces de l’ordre ne semblent plus être la solution, note L’Express. « À quelque chose près, les opérations militaires actuelles aboutissent à des résultats quasi-identiques : dès que les gendarmes se retirent, les attaques de dahalo reprennent de plus belle, souvent de manière encore plus massive et caractérisées par davantage de cruauté ».

« Il n’y a plus d’embarquement illicite de bois de rose », affirme le ministre de l’environnement, Anthelme Ramparany. Une annonce aussitôt contredite par la découverte de quatre gros-porteurs battant pavillons étrangers chargeant du bois de rose à proximité de Mananara Nord. Ce sont des navires de 60 à 100 tonnes de poids en charge, à destination de pays africains, indique Midi. Des personnes ont été vues par l’AVG en train de peser des bois précieux destinés à de futurs embarquements. Les propriétaires de ces cargaisons ont été identifiés par la plate-forme des organisations de la société civile, qui en publie la liste. Les autorités n’ont pas réagi. L’un des bateaux qui font la navette entre les côtes malgaches et africaines est le « MV Riziky », révèle La Gazette. Il avait déjà été intercepté le 2 juillet par les autorités tanzaniennes, transportant dans ses cales 165 tonnes de bois précieux. Le « MV Riziky » transborde en mer ses marchandises à bord d’un bâtiment plus important sur lequel les rondins sont conditionnés dans des containers avant de rejoindre l’Asie du Sud-Est. Les autorités mozambicaines ou kenyanes n’auraient pas encore été saisies par les autorités malgaches pour arrêter les dispositions à prendre au sujet des containers de bois de rose bloqués dans leurs ports.

La Banque mondiale a entamé des discussions avec les autorités pour venir en aide à la Jirama, société d’Etat dont la situation financière est alarmante, victime de mauvaise gestion et de malversations. Le ministre de l'énergie, Richard Fienena, ayant écarté toute idée de privatisation, l'intervention de la Banque prendra la forme d'un prêt destiné à aider la compagnie étatique à développer ses infrastructures, assorti d'une assistance technique pour réorganiser et assainir sa gestion. « Les subventions octroyées par l’État n’ont servi à rien », titre Le Courrier.

Air Madagascar se trouve également dans la tourmente. Les syndicats de la compagnie ont déclenché un mouvement de grève pour dénoncer la « mainmise de la France sur la ligne Madagascar-France », en l’accusant de vouloir maintenir la compagnie nationale sous annexe B européenne depuis trois ans. Malgré tous les efforts déployés, ainsi que le limogeage des deux directeurs généraux, la compagnie reste sur la liste noire européenne. Air Madagascar serait à l’agonie, avec un trou de 100 millions de dollars, résultant de plusieurs années de mauvaise gestion, ajoutées à une conjoncture nationale et internationale particulièrement difficile pour le secteur aérien.

Madagascar présente l’un des ratios les plus faibles du continent en matière de financement de l’économie par les établissements bancaires. D’après le rapport sur l’indice mondial de la compétitivité de 2013, l’accès au financement, l’instabilité des politiques économiques et la corruption sont les trois premières contraintes à l’environnement des affaires. Dans le Doing business 2014 de la Banque mondiale, la Grande Ile est au 180ème rang sur 189 économies concernant l’obtention de prêts par les entreprises.

L’Etat continue à prioriser le fonctionnement au détriment de l’investissement. Au 1er semestre 2014, le budget a été consacré à plus de 76% aux salaires des fonctionnaires et aux dépenses de fonctionnement. Sur la période, le taux d’engagement des dépenses d’investissement n’est que de 8,7%. Le Trésor a fait savoir qu’une telle situation ne permettrait pas d’assurer la maintenance des infrastructures et la relance de l’économie. Pour sa défense, le pouvoir rappelle que 70% des dépenses d’investissement sont encore assurées par les financements extérieurs, dont la reprise se fait attendre. Une note de la Banque mondiale fait remarquer que « l'économie malgache continue de tourner en-dessous de son potentiel ». Elle souligne que « des appuis budgétaires sont attendus au deuxième semestre, toutefois, il reste beaucoup à faire par le gouvernement pour mettre en place et restaurer les conditions favorables au développement du secteur privé tout en assurant les services publics ».

SOMMAIRE

POLITIQUE

  • Conjoncture politique, armée, législatives partielles, sénatoriales
  • Décentralisation, préparation des communales, redécoupage de la capitale
  • Diplomatie, coopération

DROITS HUMAINS - GOUVERNANCE

  • Santé publique, calamités naturelles
  • Education, droits des enfants, exploitation sexuelle, traite
  • Justice réconciliation nationale, retour de Marc Ravalomanana
  • ouvernance, déclaration de patrimoine, Bianco
  • Lutte contre l’insécurité, opération « coup d'arrêt »
  • Médias - Liberté d’expression

ÉCONOMIE - SOCIAL - ENVIRONNEMENT

  • Questions foncières, agrobusiness
  • Ressources minières, pétrolières et halieutiques
  • Trafic de bois de rose et de ressources naturelles
  • Bailleurs de fonds, coopération économique
  • Divers

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