LES POINTS FORTS DU MOIS

CSC - Le Comité de Suivi et de Contrôle de la feuille de route (CSC) se met enfin en place, un an jour pour jour après la signature de l’accord de sortie de crise. Il est placé sous la houlette d’un pasteur retraité. Les observateurs ne sont guère convaincus de l’efficacité de cette nouvelle entité. La mise en œuvre de la feuille de route reste problématique et le sujets de discorde nombreux. Des représentants de 7 des 10 entités signataires ont entamé des discussions pour rechercher les voies et moyens de surmonter les blocages mais le parti TGV et les mouvances Ravalomanana et Zafy n’ont pas répondu à l’invitation. Les participants sont partagés entre deux solutions : l’amendement de la feuille de route ou l’amélioration du texte existant.

ELECTIONS - La question financière au centre des débats. La CENIT est sommée par la société civile de s’expliquer sur l’enveloppe de 68 millions de dollars réclamée aux bailleurs de fonds et qui sont loin d’être acquis. La communauté internationale est réticente à apporte sa contribution, la réconciliation nationale et l’apaisement politique n’étant pas encore assurés. Les médiateurs ont tenté d’obtenir des deux protagonistes de la crise qu’ils ne se présentent pas ou qu’ils se présentent tous deux mais aucun accord n’a pour l’instant été trouvé. Pour les Nations Unies, le financement extérieur est conditionné par cet accord politique. Le conseil des ministres a limité la participation de l’Etat à 8 millions de dollars sur les 68 millions jugés nécessaires. Cette somme, jugée trop modeste par certains, devrait être insérée dans le Projet d’appui au cycle électoral de Madagascar (Pacem), dont la signature est attendue. Andry Rajoelina a rappelé les engagements financiers pris par la communauté internationale mais il se refuse à se voir imposé un niveau d’engagement. Il estime que les chiffrages des experts internationaux sont exagérés et qu’il est possible de réduire les coûts de moitié. L’UE a annoncé une importante participation mais elle attend davantage d'engagement de la part de l'État. Cette non-appropriation des élections par le pouvoir risque d'entrainer la remise en question du calendrier électoral, prévient l’ambassadeur. Des engagements ont été pris par la Suisse, la Norvège et la France, voire la Russie. La prise en charge financière de l’impression des bulletins uniques par le gouvernement mauricien est acquise. Invité à intervenir à la tribune de l’ONU dans le cadre de l’Assemblée générale, Andry Rajoelina a lancé un appel à un appui financier de la communauté international et au respect de ses engagements, tout en refusant toute ingérence étrangère dans la gestion du dossier électoral. Il a profité de cette tribune pour renouveler son opposition, à mots couverts, à la candidature de Marc Ravalomanana.

Les Etats-Unis ont dénoncé une nouvelle fois le non-respect des libertés fondamentales et conditionnent leur participation au processus électoral. Dans une autre déclaration, Washington déclare être opposé à la candidature d’Andry Rajoelina, auteur d’un « coup d’Etat », mais ne semble pas vouloir faire obstacle à aucune autre candidature, y compris celle de Marc Ravalomanana, ce qui, implicitement, met en cause la valeur du jugement rendu par la justice malgache à l’encontre de l’ancien président. Les États-Unis semblent suggérer un accord politique sous supervision internationale pour régler la question des candidatures aux élections. Ces déclarations ont provoqué l’ire des partisans de l’équipe au pouvoir.

L’opération de recensement des électeurs en vue de réviser la liste électorale devrait débuter début octobre et durer un mois. L’insécurité qui prévaut dans le Sud et qui tend à se propager pourrait compromettre le bon déroulement des préparatifs. Des observateurs commencent à s’interroger sur la possibilité de respecter le calendrier, tant en raison de l’incertitude qui prévaut en matière financière qu’en raison du blocage de l’application de la feuille de route, portant notamment sur le « retour sans condition » de Marc Ravalomanana et la poursuite des procédures judiciaires à son encontre. La présidente de la CENIT affirme que sur le plan technique les opérations suivent leur cours mais elle rappelle que c’est aux politiques d’assurer la mise en œuvre des mesures d’apaisement, condition nécessaire à la tenue des élections. La Cour Electorale Spéciale (CES) chargée de statuer sur les contentieux électoraux n’est pas encore en place. Un retard est également constaté dans la mise en place de la commission spéciale auprès de la Cour Suprême qui aura à décider des bénéficiaires de l’amnistie. Or, nombreux sont les politiciens qui ont besoin d’être amnistiés pour pouvoir se présenter. La lenteur avec laquelle la SADC traite le dossier Madagascar inquiète nombre d’observateurs. La mission de la Troïka chargée d’évaluer les conditions de sécurité autour du retour de Marc Ravalomanana n’est pas encore arrivée alors qu’il n’a, en fait, que jusqu’au 11 octobre pour rentrer au pays et pouvoir postuler.

 « NI…NI » - Les supputations vont bon train sur le fait de savoir si la communauté internationale fait pression sur les deux protagonistes pour qu’ils renoncent à se présenter à la présidentielle. Pour le TIM, la candidature d’Andry Rajoelina est «naturelle». « Le ‘ni…ni’ est un scénario farfelus », déclare le parti présidentiel. La mouvance Ravalomanana continue de soutenir le retour rapide de son leader et la possibilité pour lui de s’aligner au départ de la présidentielle. L’obligation pour les candidats de résider au pays 6 mois avant le scrutin ne lui laisse que peu de temps, sauf si le calendrier était à nouveau reporté. Les proches de l’ancien président affirment que la SADC ne s’est pas prononcée en faveur du « ni…ni » et que celui-ci doit pouvoir rentrer au pays pour y jouir de tous ses droits. Pour Mamy Rakotoarivelo, « le “ni…ni” est une manœuvre seychelloise et mauricienne », minoritaire au sein de l’organisation régionale.

CRM - La mise en place du Conseil de Réconciliation Malagasy prend du retard. Elle devait être bouclée le 20 septembre, avaient annoncé les trois co-présidents du comité préparatoire issus de la société civile. La question du retour des exilés politiques devait être traitée entre le 25 octobre et le 7 novembre, les travaux relatifs à l’amnistie des faits politiques de 2002 à 2009 devaient être achevés le 24 octobre. Ce planning ne pourra pas être tenu, ont annoncé les animateurs du comité. Le délai de présentation des candidatures a été prolongé. Le comité se heurterait à l’afflux de candidatures et à des retards de transmission. Le comité de sélection des futurs membres est sur pied. Le secret absolu entoure l’identité de ses 28 membres, qui veulent se mettre à l’abri des pressions. La question de la représentativité des genres au sein du CRM a été soulevée, de même que l’équité dans la sélection des candidatures.

LIMOGEAGES - La mouvance Ravalomanana a demandé le remplacement de la ministre de la Décentralisation, Ruffine Tsiranana, issue de ses rangs. Le motif invoqué est « la mauvaise gestion du ministère, telle qu’elle est constatée par les responsables des collectivités décentralisées, les cadres du ministère eux-mêmes, ainsi que la mouvance », ce qui « nuit à l’image du gouvernement et de la mouvance ». Il lui serait reproché la nomination de Fetison Rakoto Andrianirina à la tête du PSD. Andry Rajoelina a demandé 3 noms à la mouvance pour remplacer la ministre, fermement défendue par les natifs de sa région d’origine. La ministre des Mines, Daniella Randriafeno, serait également sous le coup d’un possible remplacement pour mauvaise gestion. Elle avait été nommée sur le quota de la mouvance Zafy, qui continue de boycotter les institutions transitoires. Le ministère de l’Environnement est toujours en attente de son locataire après le limogeage du Dr Joseph Randriamiandrisoa, le premier ministre continuant à assurer l’intérim.

TIM - Une forte délégation du TIM a rencontré Marc Ravalomanana en Afrique du Sud. Objectif : préparer le retour de l’ancien président et revoir l’organisation du TIM dans la perspective de la future présidentielle. Le créateur du parti en reprendra les rennes. Le retour de la délégation à Madagascar a fait craindre au pouvoir que l’ancien président et son épouse accompagnent les responsables de la mouvance. Le retour de Marc Ravalomanana pourrait intervenir mi-octobre si l’on se réfère aux propos de Mamy Rakotoarivelo, qui affirme que cette échéance a été confirmée par les dirigeants de la SADC lors du Sommet de Maputo, sous réserve de l’évaluation de la situation que l’organisation régionale doit conduite d’ici cette date. Le « TIM Raharinaivo Andrianantoandro », qui collabore avec le régime depuis 2010, a fait savoir qu’il s’oppose au retour de Marc Ravalomanana à la présidence du parti fondé en 2001, à la veille de la présidentielle contestée.

RANJEVA - Une pétition exhortant l’universitaire Raymond Ranjeva à s’impliquer dans la résolution de la crise a recueilli près de 80.000 signatures. L’intéressé a fait savoir qu’il accepte cet appel ; il renouvelle son offre de service mais sans donner plus ample précision sur son projet et son calendrier.

FEDERALISTES - Issus des 22 régions, ils ont tenu une conférence nationale. Objectif : mettre en œuvre une vraie réconciliation et trouver des solutions au blocage de la feuille de route. Selon le coordonnateur national, cette initiative entre dans le cadre du délai de 30 à 60 jours accordé par la communauté internationale pour évaluer la situation. La mouvance Zafy, menée par l’ancien président de la République, semble avoir réuni les suffrages autour de son idée de mettre un terme à la présente Transition pour en bâtir une nouvelle «plus inclusive et consensuelle». Reste à savoir comment concrétiser ce projet. « La réconciliation entre les deux principaux protagonistes de la crise s’avère impossible. Il n’est pas encore trop tard de chercher une autre voie pour sortir de la crise », estime le coordonnateur, qui insiste sur le fait que les provinces sont excédées par le conflit Ravalomanana-Rajoelina.

les Nouvelles 22 09AV7 - Le procès opposant, devant la justice sud-africaine, l’ancien président et les victimes de la tuerie du 7 février a connu un nouveau rebondissement. L’association AV7 a obtenu d’un tribunal sud-africain de Gauteng la prise d’une ordonnance demandant la confiscation de son passeport et la limitation de ses déplacements. Une décision dont on ignore si elle a été réellement mise à exécution. Le conseiller juridique de Marc Ravalomanana accuse Andry Rajoelina d’être derrière cette ordonnance visant à faire obstacle à son retour avant la date butoir pour pouvoir se présenter à la présidentielle. « C'est une tentative désespérée, malhonnête et malveillante visant à empêcher Marc Ravalomanana de retourner à Madagascar pour se présenter à la prochaine élection présidentielle », dénonce Me Brian Currin, son avocat. L’avocat sud-africain représentant l’AV7 en Afrique du Sud accuse Marc Ravalomanana d’avoir tenté de faire assassiner Andry Rajoelina et d’autres responsables étatiques le 7 septembre. L’ancien président a adressé un courrier de protestation à la SADC et lui demande de faire appliquer la feuille de route et les résolutions du Sommet de Maputo (dont le contenu n’a toujours pas été officiellement révélé). Le GTT international estime que si une telle décision judiciaire venait à être appliquée, elle serait lourde de conséquence. Elle entraînerait non pas l’apaisement et la réconciliation mais au contraire une amplification des tensions existantes. Les observateurs s’interrogent sur la position de l’Afrique du Sud par rapport à l’ancien président en exil, qui ne jouirait plus de la même bienveillance du pouvoir.

FFKM - La réélection du tandem Rasendrahasina-Ravalomanana à la tête de la FJKM semble avoir sonné la fin de la médiation que devrait reprendre le FFKM. La SADC avait pourtant laissé entendre récemment qu’elle comptait sur elle pour initier un dialogue malgacho-malgache. Depuis les événements de l’épiscopat en 2009, le président de la FJKM, le pasteur Lala Rasendrahasina s’était tenu éloigné de la vie politique. Ce proche de Marc Ravalomanana pourrait jouer de son influence dans la perspective de la présidentielle. Les Eglises protestantes comptent plus de 5 millions de fidèles. La hiérarchie catholique restant proche du président de la Transition, cette divergence entre protestants et catholiques risque de compromettre le projet de médiation attendu du FFKM, qui pourtant déclare ne pas avoir renoncé. Le grand synode de l’église luthérienne (FLM) a reconduit à sa tête docteur Endor Modeste, considéré comme le candidat des « anti-Rajoelina ». Les JMJ d’Antsiranana, organisés par l’Eglise catholique et soutenus par le pouvoir ont connu un franc succès. Le rassemblement a pu été interprété comme une « démonstration de force » des catholiques face aux prétentions qualifiées d’exorbitantes de l’Eglise réformée.

SADC - La nouvelle équipe dirigeante de la Troïka de la SADC, conduite par le président tanzanien Jakaya Kikwete, devrait trancher les 7 et 8 octobre sur les questions en suspens dans la mise en œuvre de la feuille de route. Le communiqué insiste sur la nécessité d’une « mise en œuvre complète et urgente » de la feuille de route, ainsi que de «l'établissement d'un climat favorable aux élections libres, justes et crédibles, y compris le besoin de la liberté d'expression et de presse ». Le calendrier coïncide avec les « 30 à 60 jours » prévus par le Sommet de la SADC des 17 et 18 août pour régler la question du retour de Marc Ravalomanana.

La Gazette 28 09TRAITES - Deux traités sur l’abolition de la peine de mort et les droits de l’enfant signés par Andry Rajoelina lors de sa visite aux Nations Unies. La Transition tente ainsi d'envoyer un signal fort de son engagement pour la protection des droits humains à la communauté internationale, après les sévères et répétées mises en cause des Etats-Unis. La signature du traité, qui ouvre la voie à l’abolition de la peine de mort après ratification interne, a été qualifiée par la presse de « décision unilatérale sur un sujet délicat ». L’ACAT Madagascar s’est félicité de cette signature mais elle rappelle que 55 condamnés à mort sont recensés dans les prisons malgaches, en situation de total abandon. Certains font le rapprochement entre cette signature et la «mise à mort» des dahalo par les forces de l'ordre dans le Sud. Il en va de même des présumés bandits, qui ne le sont finalement pas, abattus partout par les forces de l'ordre sans la moindre forme de procès.

VIVAL’attaque de la station appartenant à Andry Rajoelina  avait causé en juillet 2009 la mort des deux gardiens. 48 prévenus - hommes politiques (issus de la mouvance Ravalomanana), militaires et simples citoyens - ont été convoqués à la barre. L’affaire serait en lien avec celle des bombes artisanales qui ont explosé dans divers quartiers de la capitale. L’avocat de la défense a demandé l’application de l’article 16 de la feuille de route qui stipule l’arrêt de toute poursuite politique liée à la crise actuelle. L’ensemble des inculpés ont été « amnistiés », à l’exception du jeune homme qui a tiré sur les deux agents de sécurité.

ASSASSINAT ? - La famille de Nadine Ramaroson et les témoins se sont présentés devant la doyenne des juges afin de livrer leurs versions des faits concernant le décès, le 28 août 2011, de la ministre de la Population et des Affaires sociales à son retour de Sainte-Marie, suite à la plainte déposée depuis bientôt un an. Les proches de la défunte se réjouissent de l’ouverture de la procédure mais son oncle, Alain Ramaroson, membre du CST, n'a pas attendu les résultats de ces investigations pour affirmer qu'un "opérateur karana très influent" avec commandité l'attentat. Il cite également les noms de complices, parmi ceux-ci « un haut dirigeant ainsi que ceux de responsables de la région Analanjirofo ». La ministre aurait été assassinée pour avoir menacé de procéder à des révélations sur les trafics de bois de rose impliquant l’opérateur karana. On cite également un litige foncier dans lequel la ministre avait pris la défense des agriculteurs.

BANI - Une mise en retraite disciplinaire a été prononcée à l’encontre des généraux Noël Rakotonandrasana et Raoelina. Ces officiers généraux étaient impliqués dans l’affaire BANI du 17 novembre 2010.

REVELATIONS - Le lieutenant-colonel Charles Andrianasoavina, acteur majeur des évènements de début 2009, toujours hospitalisé à La Réunion suite à son incarcération, dévoile une liste d’une centaine de personnes qui auraient contribué financièrement à la déstabilisation de l’ancien régime. Parmi eux, des opérateurs économiques karana et malgaches ainsi que des politiciens locaux et français. Le GTT International-Genève annonce qu’il va engager des actions judiciaires auprès des tribunaux nationaux et internationaux pour assassinat commis en bande organisée contre les instigateurs nommément identifiés de la Journée Noire du 26 janvier 2009 et du massacre devant le palais présidentiel du 7 février 2009. Le groupe Tiko va également porter plainte pour les dommages subis en 2009.

FREE FM - Les 3 journalistes de la station sont réfugiés à l’ambassade d’Afrique du Sud depuis 3 semaines pour échapper à une arrestation. L’ambassade a publié un communiqué très sévère pour la Transition, afin de justifier sa décision. Free FM a cessé d'émettre le 24 juillet après des manœuvres d'intimidation des forces de l'ordre, au surlendemain de la mutinerie du 1er RFI d’Ivato. « Il existe une liberté de presse et d’expression à Madagascar. Mais elle est souvent utilisée à mauvais escient », affirme le premier ministre, qui accuse aussi le ministère de la Communication : « Il n’applique pas la réglementation dans l’équité », d’où une impression « d’inégalité de traitement des journalistes ».

DAHALO - Le phénomène « dahalo » a pris une extension considérable et très préoccupante dans le Sud et l’Ouest du pays, il est à craindre qu’il ne s’étende à d’autres régions. Les zones rurales vivent dans la terreur de ces bandes nombreuses et puissamment armées. Des villages ont été incendiés. Des populations ont tout abandonné pour se réfugier en ville. Tous les observateurs s‘interrogent sur l’origine de cette recrudescence et sur les éventuels commanditaires. De nombreuses hypothèses ont été avancées, jusqu’à évoquer une exploitation politique visant à faire échouer le laborieux processus de sortie de crise et la préparation des scrutins annoncés pour 2013. Le comportement des forces de l’ordre est mis en cause et l’autodéfense s’organise, encouragée par le pouvoir. Des villageois se sont livrés à des représailles meurtrières et à des exécutions sommaires, qui relèveraient du « meurtre avec préméditation ». La justice populaire repose fréquemment sur des « dina », conventions coutumières locales, en principe reconnues par l’administration, à condition qu’elles ne soient pas en contradiction avec le droit positif. Les actes commis en application de ces dina, que le pouvoir cherche à étendre, dissimule souvent des règlements de compte. La loi de 2001 sur les dina est restée dans l’ambiguïté sur leurs dispositions licites ou illicites. L’opinion ne semble pas s’émouvoir de la « privatisation » de la sécurité publique et les organisations de défense des droits de l’homme sont restées jusqu’ici silencieuses. Le pouvoir a décidé tardivement d’envoyer dans les zones rouges une unité spéciale dirigée par le colonel René Lylison, l'un des plus fidèles lieutenants d’Andry Rajoelina, qui se trouve en première ligne dans les moments les plus délicats pour le régime depuis 2009. Le comportement des forces armées est mis en cause par des parlementaires : il leur est reproché de procéder à des arrestations non fondées, voire à des exécutions sommaires. La « force spéciale » a abattu 11 dahalo à Amboasary Atsimo. Un 1er bilan de l’opération «Tandroka» menée dans le Sud durant 15 jours fait état de 28 malfaiteurs arrêtés, dont 23 trafiquants de cannabis. 25 ont été traduits en justice, précisent les forces de l’ordre, soucieuses de redorer leur blason et de faire taire les accusations de vengeance après la mort de plusieurs des leurs dans les accrochages avec les dahalo. La gendarmerie a tenu de son côté à préciser sa pensée sur le concept d’autodéfense villageoise. « Il n’est nullement question pour nous d’inciter la population à prendre les armes, encore moins à tirer ou tuer à vue », affirme-t-elle. Le non respect de la hiérarchie et de l’autorité de l’État sont les causes de la déliquescence de l’État et de la recrudescence de l’insécurité, estime le président du syndicat des administrateurs civils. Un « Collectif des officiers généraux en retraite » voit dans cette situation dramatique la conséquence de la « corruption à grande échelle et des abus de pouvoir de certains détenteurs de l’autorité publique ».

Midi 26 09SEFAFI- L’observatoire de la vie publique publie un communiqué sur « la nécessaire réforme des Forces armées ». Il s’interroge sur la probité et l’efficacité, voire même l’utilité, de forces armées censées travailler pour la Patrie. A partir de 1972, l’armée a pris goût au pouvoir, jusqu’à devenir un acteur politique d’envergure. La corruption gangrène ses rangs, à l’instar de presque tous les grands corps de l’État. L’armée dans sa forme actuelle est désuète, budgétivore et source de problèmes constants. Il faut remettre les cartes à plat et conclure un nouveau pacte entre forces armées et population.

SHERRITT - Le projet minier a obtenu le permis d’exploitation qui devait lui être délivrée suite à une décision gouvernementale du mois de juin. Officiellement, ce retard est dû à la nécessité de nouvelles études environnementales, décidées par le ministre des Finances et du Budget. Au vu des préoccupations émises par les populations et associations diverses, le régime a obtenu le versement d’une garantie supplémentaire sous forme de « caution environnementale » d’une valeur de 50 millions de dollars. La société avait protesté contre ce retard et les nouvelles exigences du pouvoir,  menaçant de réduire les contrats de ses sous-traitants. Le permis sera valable 6 mois, période pendant laquelle un audit technique, environnemental et financier serait mené par un cabinet international. Il sera renouvelable en fonction des conclusions d'un audit récurrent. Ambatovy prévoit de payer quelque 3 milliards de dollars d'impôts, taxes et royalties au gouvernement sur la durée d'exploitation prévue de 30 ans, à condition que les prix du nickel et du cobalt se maintiennent. La société décide d’augmenter ses dépenses de développement social. Elle investira un montant supplémentaire de 25 millions de dollars au cours des deux prochaines années sur de nouveaux projets sociaux et d’infrastructure. Ambatovy déterminera les priorités d’investissement en partenariat avec le gouvernement et les autorités régionales.

FONCIER - Selon une étude réalisée par la FAO, l’IIED et le FIDA, Madagascar fait partie des 5 pays africains les plus touchés par l’accaparement de terres agricoles. Dernière affaire en date, un conflit foncier latent qui qui a repris sur un domaine exploité par Bionexx pour la culture d’artemisia destinée à l’industrie pharmaceutique européenne. Sans préavis, les forces de l’ordre ont expulsé 6.000 familles qui occupaient 200 ha de terres depuis plusieurs générations.

TRAFICS - L’actualité est encore riche en informations portant sur les exploitations illicites d’or dans des zones protégées et les exportations délictueuses à destination des Comores et de l’Afrique de l’Est. La ministre des Mines, Daniella Randriafeno, s’active néanmoins à faire rentrer l'or dans le circuit légal de production et d'exportation. Des opérateurs appellent à l’annulation de l’interdiction d’exportation de bois de rose à l’approche de la conclusion d’un accord entre le WWF et la Chine pour l’arrêt des importations illégales en provenance de Madagascar. Le stock de bois de rose saisi s’élèverait actuellement à 55.000 rondins. 4 cargos chargés de bois de rose ont quitté le pays. Le chargement se serait effectué sous la supervision d’un asiatique qui est probablement l’acheteur de la cargaison et avec présence bienveillante des forces de l’ordre. Les observateurs s’interrogent toujours sur l’implication de personnalités proches du pouvoir. La force mixte envoyée dans les régions sensibles pour contrôler l’exploitation du bois de rose est en difficulté pour raisons budgétaires. Omer Beriziky dénonce et condamne la résurgence des déplacements de bois de rose. L’un des hommes accusé à mots couverts par le premier ministre et mis en cause par plusieurs sources proches du dossier serait un chef de région. Le verdict sur l’exportation illicite de bois de rose à Maurice en juin 2011 a été rendu. 4 des 9 accusés, placés en détention préventive depuis cette date ont été condamnés mais l’identité des personnalités influentes propriétaires de cette cargaison de 6 conteneurs reste inconnue. 6 conteneurs chargés de bois de rose ont été bloqués dans un port chinois. Les autorités malgaches ont demandé le rapatriement mais une mainlevée de ce blocage a été obtenue par le propriétaire de la cargaison, un Malgache, tout comme le détenteur de l’agrément d’exportation, dont l’identité n’a pas été révélée. 85 % des ressources forestières de Madagascar ont disparu en raison de la déforestation et l’exploitation abusive des forêts. Au rythme actuel de déforestation, les forêts malgaches auront disparu en totalité d’ici 100 ans, voire beaucoup moins.

FED - L'Europe ouvre le robinet pour le social. L’UE annonce l'imminence du déblocage des 100 millions d'euros, issus du 10ème Fed. Le secteur social sera le principal bénéficiaire de ce financement avec 22 millions d'euros pour l'éducation de base et 22 autres millions pour la santé. L’UNICEF sera son partenaire dans l'utilisation des fonds et la réalisation des projets sélectionnés par l’organisation.

 

Dessin des Nouvelles (22/09), La Gazette (28/09) et Midi (26/09)


SOMMAIRE

LA CRISE POLITIQUE

  • Mise en œuvre de la feuille de route, préparatifs électoraux, amnistie
             - Préparatifs électoraux
             - Mise en œuvre de l’amnistie - Conseil de Réconciliation Malagasy (CRM)
  • Vie des partis, retour de Marc Ravalomanana, tentatives de médiation, relations Eglises/pouvoir
  • Vie des partis, opposition, perspectives de retour pour Marc Ravalomanana
  • Tentatives de médiation malgacho-malgache
  • Eglises et pouvoir politique
  • Médiation internationale, SADC
  • Diplomatie

DROITS HUMAINS – GOUVERNANCE

  • Procès a connotation politique, détenus « politiques »
  • Journées du 26 janvier et du 7 février 2009
  • Condition carcérale, expatriations
  • Enfance, santé, éducation
  • Médias, liberté d’expression, affaire Free FM
  • Phénomène dahalo, affaire Remenabila, insécurité, autodéfense
              - Insécurité rurale, dahalo
              - Autres manifestations de l’insécurité
  • Gouvernance, justice

ECONOMIE - SOCIAL – ENVIRONNEMENT

  • Conflits sociaux
  • Ressources minières, exploitations illicites, EITI, accaparement des terres
  • Trafics de bois précieux
  • Situation économique, coopération, accords commerciaux, environnement, divers

 

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