<> 23 06 18 - Le Monde - Laurence Caramel - Madagascar rattrapée par ses vieux démons
La Grande île est plongée dans la crise depuis deux mois. Le processus électoral est suspendu aux affrontements entre les trois principales figures politiques du pays. Deux mois après le début de la crise provoquée par l’adoption de lois électorales non conformes à la Constitution et la répression des manifestations qui a suivi, le feu couve toujours à Madagascar.

<> doc 20 06 18 - OIT - Briser la violence au travail - Enquête à Madagascar
La 107e Conférence internationale du Travail (CIT) a commencé cette année à aborder la question de la violence et du harcèlement contre les femmes et les hommes dans le monde du travail. Elle poursuivra ses travaux l’an prochain pour une seconde discussion. Même si elles prennent parfois des modalités différentes selon le niveau de développement, les principales formes de violence au travail se retrouvent partout dans le monde. Dans les pays les plus pauvres, ces pratiques inacceptables sont souvent encore aggravées par la pauvreté. Enquête à Madagascar.

- 17 06 18 - L'Express - La société civile vilipende le gouvernement
Le mouvement de la société civile Rohy doute de la capacité du gouvernement, fortement marqué par les partis politiques HVM, Mapar et TIM, à organiser des élections crédibles. Ses représentants se disent « affligés » par le profil des titulaires de postes ministériels clé. Leur nomination aurait été effectuée sur des critères purement politiques, étrangers aux intérêts supérieurs de la nation. Plus particulièrement dans le collimateur, les ministres des mines, de l’aménagement du territoire, des ressources halieutiques, du commerce et de l’industrie, de la communication. La société civile avait milité pour la formation d’un gouvernement de technocrates, considéré comme le mieux à même de conduire aux élections. La nomination du premier ministre Christian Ntsay avait été bien accueillie mais forte a été la déception de constater que le gouvernement est désormais sous la coupe du triumvirat formé par les protagonistes de la crise politique, dont on ignore jusqu’au contenu de l’accord politique qu’ils ont conclu entre eux. La société civile redoute une politisation des ministères à caractère social dans un but électoraliste.

pov 12 06 18

<> 12 06 18 - Le gouvernement d’« union nationale » est formé. « La formation de ce gouvernement est issue d'un dialogue entre différents acteurs politiques de la crise à laquelle nous mettons fin ce jour », a déclaré Hery Rajaonarimampianina devant les 30 membres de la nouvelle équipe. Sept sont membres du Mapar. Parmi eux, des figures bien connues de la place du 13-Mai comme Christine Razanamahasoa, l'une des leaders des députés de l'opposition, nommée ministre de l'aménagement du territoire. Le TIM obtient quatre ministères. Le député Guy Rivo Randrianarisoa, proche de l'ancien chef de l'État devient ministre de l'industrie et du développement du secteur privé. Mais la plupart des portefeuilles clés échappent à l'opposition et ce gouvernement d'union est surtout composé de ministres issus de la majorité présidentielle. Sept ont même été reconduits à leur poste. C'est notamment le cas de la ministre des finances ou encore du ministre de la défense, le général Béni Xavier Rasolofonirina, qui a pris plusieurs fois la parole ces dernières semaines pour demander au régime et à l'opposition de trouver rapidement un accord de sortie de crise. On total, on compte 22 entrants pour 23 sortants.

L’Express titre : « Le gros lot au HVM, les miettes au Mapar-TIM ». Une équipe disparate, résolument politique, au grand dam de la société civile, dans laquelle chaque composante a pris soin de placer ses ténors. Les ministres régaliens de l’ancienne équipe ont été reconduits, sauf au ministère de l’intérieur. Pour le quotidien, la composition de l’équipe résulte d’une laborieux compromis et non d’un véritable consensus. La mission de chacun semble être de défendre les enjeux électoraux de son camp.

Pour Midi, la composition de la nouvelle équipe ne respecte pas la clé de répartition prévue dans la décision de la HCC, elle est « une insulte aux manifestants de la Place du 13-Mai » qui exigeaient « un gouvernement à zéro redoublement et zéro HVM ». « Elle risque de ne pas apporter l’apaisement souhaité pour l’organisation des élections », redoute le quotidien. La députée TIM Hanitra Razafimanantsoa, leader de la place du 13-Mai a laissé entendre qu’elle ne pouvait pas entrer dans ce gouvernement.

Pour La Gazette, « le nouveau gouvernement est à lui seul une institution insolite composée de têtes déjà connues et surtout des plus grands hors-la-loi du pays. Parmi ces ministres, il y en a qui ont des comptes à rendre à la justice, mais qui vont bénéficier d’une immunité, d’autres sont inculpés dans des affaires de trafic de stupéfiants ».

Tribune écrit : « Si l’on s’attendait à un gouvernement neutre et neuf, la formation Ntsay aura finalement été un partage de sièges pour satisfaire les acteurs de la crise politique. Peut-on alors en attendre un quelconque changement ? »

Les médias notent que Christine Razanamahasoa va devoir cohabiter avec Vonintsalama Andriambololona qui l’avait fait déloger de la villa « Jean Charles » en sa qualité de ministre responsable du patrimoine de l’Etat et des logements administratifs. Une expulsion qu’elle avait qualifiée d’« humiliante et indigne ». Autre nomination qui interpelle : celle du vice-président HVM du Sénat pour la province de Fianarantsoa, Riana Andriamandavy VII, nommé ministre de la communication et des relations avec les institutions, qui aura en charge l’application des règles d’équité entre candidats lors de la présidentielle. L’homme a défrayé la chronique pour avoir défendu par des procédés plus que contestables l’ex-conseillère du chef de l’Etat, Claudine Razaimamonjy.

13/06 - La composition du gouvernement sème la zizanie au sein du groupe des « députés pour le changement ». Plusieurs de leurs leaders ont refusé d’intégrer la nouvelle équipe. Le rassemblement quotidien de la place du 13-Mai s’est tenu en présence de plusieurs milliers de manifestants dépités et déstabilisés. Certains ont exigé la démission des ministres Tim et Mapar nouvellement nommés, d’autres leur « comparution » devant les manifestants. Nombre d’intervenants ont dénoncé « une violation grave et flagrante » des décisions de la HCC du 25 mai. Rado Rabarilala, pilote d’Air Madagascar suspendu de ses fonctions et dirigeant syndicaliste, souligne que si les députés abandonnent la lutte sur la place du 13-Mai, les syndicalistes les relayeront. Les syndicalistes de la SSM (Solidarité Syndicale de Madagascar) déplore qu’aucun des noms de potentiels ministres qu’elle a proposés n’a été retenu et que la lutte doit se poursuivre et se renforcer jusqu’à obtention de la démission du chef de l’Etat. « Le gouvernement a accouché d'un monstre à sept têtes. Il faut l'enterrer sans condition », a tranché un député indépendant. Les leaders du mouvement annoncent une grande mobilisation « pour décider de la suite de cette lutte ».

- 11 06 18 - Amnesty International - Flash - Un militant écologiste condamné à une amende absurde sur fond de répression persistante
Le 8 juin, après avoir passé plus de trois semaines en détention, Christopher Manenjika a été déclaré coupable de « rébellion » et d’« outrage à fonctionnaires ». Les poursuites intentées à son encontre s'inscrivent dans la lignée de plusieurs inculpations de militants écologistes sur l'île, dont beaucoup encourent des peines de prison. « La ressemblance est frappante entre le cas de Christopher et celui d'autres militants écologistes à Madagascar, eux aussi en butte à des accusations de " rébellion ", qui sont un prétexte pour les réduire au silence », a déclaré Amnesty International. Le montant absurde – 6,80 euros – de l’amende infligée à un militant écologiste sur la base d’accusations forgées de toutes pièces est le dernier exemple de la répression que mène le gouvernement malgache contre ceux qui dénoncent le trafic illicite de ressources naturelles du pays, a déclaré Amnesty International. L’alerte avait été donnée le 29 mai par un communiqué de la CNIDH : Communiqué de la CNIDH
Voir aussi l'article du Blog d’Environmental Investigation Agency (EIA) :

Pas un de plus: une autre voix pour la forêt réduite au silence à Madagascar

Une prise de conscience prend forme à l'échelle du globe concernant le destin parfois tragique des défenseurs de l'environnement et de leurs familles, présents sur le front tous les jours et réduits au silence, menacés ou même assassinés.





- 08 06 18 - Communiqué du SeFaFi - Les enjeux du recensement
Les agents recenseurs rencontrent des obstacles dans la collecte des informations auprès de la population
. Le contexte politique incite celle-ci à faire preuve de méfiance. Les questions portant sur le niveau de vie et la situation des ménages suscitent le plus de craintes, l’objectif recherché n’étant pas compris. Pour nombre de personnes, le recensement consiste simplement à dénombrer la population. La phase préalable constant à numéroter les habitations n’a pas pu être achevée dans de bonnes conditions, faute de pouvoir leur attribuer des adresses précises. Le SeFaFi explique les raisons de cette défiance de la population. Le directeur général de l'Instat reconnait une défaillance dans la sensibilisation de la population et affirme que le questionnaire sera bientôt mis en ligne. Autre problème, qui est venu perturber le recensement : certains agents n'ont pas reçu leurs indemnités et ont donc cessé de travailler. De quoi retarder d'une dizaine de jours la fin de cette opération d'envergure prévue initialement le 10 juin. Les premières données sont attendues pour courant octobre.

06 06 18 - Jeune Afrique - Un parfum de fin de règne pour Rajaonarimampianina
Si la Haute Cour constitutionnelle n’a pas osé déchoir le très contesté chef de l’État, le rappel à l'ordre qu'elle lui a signifié a ouvert de facto la course à sa succession. Et la nomination, lundi 4 juin, de Christian Ntsay au poste de premier ministre ne change rien au parfum de fin de règne qui flotte sur Antananarivo.  Hery Rajaonarimampianina est bien victime d’un « coup d’État ». Pas militaire, comme le furent certains de ses prédécesseurs, et encore moins populaire, contrairement à ce que le président malgache avait un peu vite affirmé, au soir du 22 avril, quand il s’agissait de parer au plus pressé après la mort de plusieurs manifestants, mais bien constitutionnel.

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05 06 18 - Christian Ntsay nommé premier ministre de consensus
. « J’ai nommé premier ministre Christian Ntsay, un homme expérimenté et ayant les compétences pour l’apaisement » a affirmé le chef de l’Etat. Haut fonctionnaire international, l’homme n’est pas totalement nouveau dans l’administration malgache. Né le 27 mars 1961 à Antsiranana, il a occupé des postes de direction dans des sociétés d’Etat dont le Secren et la Solima. De 2002 à 2003, Ntsay Christian a été ministre du tourisme sous Marc Ravalomanana. Le nouveau locataire s’est également distingué sur la scène internationale, ayant officié pour de nombreuses branches des Nations unies avant sa nomination en tant que représentant résident du BIT pour Madagascar, Maurice, les Comores et les Seychelles. Ntsay Christian est diplômé en techniques de gestion et de direction d’entreprises au Centre d’études financières, économiques et bancaires de Paris. Il possède une licence en sciences économiques de l’université d’Antananarivo. Bien que présenté par le Mapar, il serait sans attache politique. D’après Midi, sa nomination aurait bénéficié de la bénédiction des partenaires techniques et financiers. Selon les informations émanant de la présidence de la République, sa mission est « de mettre en place un gouvernement ouvert aux autres forces politiques, lequel aura la responsabilité commune de garantir clairement le processus électoral ».il aura notamment la charge de préparer et de garantir la crédibilité des élections présidentielles anticipées.

Les « députés pour le changement » ont contesté cette désignation qui ne découlerait pas de la liste qu’ils avaient soumise, exigeant que le poste soit attribué à l’un des leurs. Le député Mapar Brunel Razafitsiandraofa de rajouter que seuls son nom, celui de Christine Razanamahasoa et celui de Tinoka Roberto avaient été présentés au chef de l’État. La présidence de la République, en revanche, a affirmé que cette nomination avait pu se faire grâce à un accord politique entre les protagonistes de la crise. Au final, le nom de Christian Ntsay a bel et bien été proposé par le Mapar. Hery Rajaonarimampianina aurait refusé la première liste qui lui avait été soumise. Sur celle-ci figurait le nom des trois députés du Mapar. Une deuxième liste aurait alors été envoyée, sur laquelle Christian Ntsay figurait. Tribune s’interroge sur le double langage tenu par les représentants du Mapar, qui se montrent réticents à admettre que le parti a conclu un accord en bonne et due forme avec le pouvoir, à l’insu des « députés pour le changement », particulièrement ceux du TIM, qui doivent maintenant s’y soumettre bon gré mal gré. Les manifestations sur la place du 13-Mai vont probablement cesser. Au micro RFI le chargé de communication du Mapar, Augustin Andriamananoro, a exprimé sa satisfaction quant à la nomination de Christian Ntsay. A en croire le député Mapar Brunel Razafitsiandraofa, « viendra le temps d’annoncer la fin des manifestations sur la place du 13-Mai. La lutte continuera mais ne se fera plus sur la place publique ». Le TIM de Marc Ravalomanana n’a pas encore confirmé son association à l’accord politique conclu. L’UA a salué l’effort mené pour trouver un consensus politique qui a permis la nomination de ce nouveau premier ministre de consensus.

Nommé le 15 avril 2016, Olivier Mahafaly a battu le record de longévité à la tête du gouvernement sous la IVe République, malgré les menaces de motion de censure qui ont pesé sur lui. Les propos qu’il a tenu lors de l’annonce de sa démission laissent penser à certains qu’il pourrait se porter candidat à la présidence de la République.

En application de la décision de la HCC du 25 mai, Christian Ntsay dispose de 7 jours pour former son gouvernement.

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06/06 - Face aux manifestants de la place du 13-Mai, les « députés pour le changement », divisés, ont tenté de jouer la carte de l'apaisement en affirmant accepter la nomination du nouveau premier ministre issu d'aucune de leurs deux mouvances mais les élus pro-Ravalomanana n’ont pas hésité à affirmer, amers, qu’Andry Rajoelina n'avait pas consulté leur chef de file pour négocier le nom du chef de gouvernement avec le chef de l’Etat. Ce qu’a confirmé Marc Ravalomanana qui a déclaré : « Quelle réunion ? Quel accord ? J’ai appris comme tout le monde le nom du premier ministre le jour de sa nomination ». « Beaucoup d'entre nous ont pris cette nomination comme une trahison », a enchainé Hanitra Razafimanantsoa, députée TIM. Une trahison aussi envers les manifestants de la place du 13-Mai. « Il y a eu quelque part une volonté de tromper le TIM qui pourtant était un allié dans la lutte pour le changement. (…) Nous ne nous sommes pas accordés avec le Mapar sur cette personne. On se demande d’où vient cette proposition », a déclaré Naika Eliane, vice-présidente du TIM pour la province de Toliara et ancienne sénatrice. Le député Roberto Tinoka du Mapar, quant à lui, a soutenu que le choix avait été effectué lors d’une entrevue entre Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina et Hery Rajaonarimampianina, à l’initiative de la communauté internationale. « Au sein du Mapar, on assume ce choix car l’objectif est de préparer les élections au plus vite », affirme-t-il affirmé. La communauté internationale a fait part de sa satisfaction.

Prochaine étape décisive : la composition d'un nouveau gouvernement d'union nationale. Cette fois, les députés de l'opposition comptent bien être associés aux négociations, même si une clé de répartition des portefeuilles semble avoir été déterminée dans le cadre de l’accord politique conclus. Elle reposerait sur l’état des forces en présence à l’Assemblée nationale, révèle le président du Sénat et chef de file du HVM. La société civile militerait au contraire en faveur d’un gouvernement de technocrates. Les élus d’opposition ont appelé le nouveau premier ministre à venir les rencontrer au plus vite place du 13-Mai où les rassemblements sont maintenus. Il lui serait demandé de s’engager à appliquer les desiderata formulés par les manifestants. La pression continue donc de s’exercer sur Hery Rajaonarimampianina mais la revendication de démission du président de la République ne semble plus faire l’unanimité parmi les « députés pour le changement ».

Pour le juriste Imbiky Herilaza, cette nomination ne résout en rien la question des dérives de gouvernance, ni la question de l’impunité des politiciens lorsqu’ils sont placés à la tête du pays. Cette nomination confirme également selon lui que la Constitution de la IVe République n’a pas joué son rôle de garde-fou. Selon Fanahimanana Tiaray, juriste, les pouvoirs du président de la République ont été remis en cause par une juridiction, la HCC, dont la mission n’est pas de faire et de défaire les gouvernements. Le nouveau gouvernement ne pourra pas être dissout par le chef de l’Etat, alors qu’il s’agit de l’une de ses prérogatives. Et de conclure : « Ainsi, après la nomination de ce nouveau premier ministre et la formation du gouvernement de consensus, l’institution du président de la République ne semble plus disposer d’aucun pouvoir constitutionnel à part la signature de décret et la promulgation des lois. La nomination du premier ministre a tout simplement réduit l’institution du président de la République à un rôle figuratif en passant outre la Constitution ».

Midi redoute que l’organisation de l’élection présidentielle, tâche prioritaire du nouveau gouvernement, se fasse sur la base des lois électorales promulguées dans les conditions que l’on sait et qui sont très largement contestées. Leur révision exigerait qu’elles fassent l’objet d’un nouvel examen au Parlement mais pour l’heure les députés d’opposition maintiennent leur refus de siéger en présence de leurs collègues du HVM.

 

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